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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 14:16
Parmi les « énigmes du moi » se trouve celle de l’homme de désirs. Que ce soit le « désir d’apprendre une chose qui m’est inconnue » (Augustin, Confessions, Livre X, XX, p. 362) ou le « désir d’être absous » (Leiris, L'âge d’homme, p. 13), chaque désir semble au service du Désir qui est, pour Augustin, « désir d’être heureux » :


« Et ce désir d’être heureux ne m’est pas commun avec peu de personnes seulement, puisque tous désirent de l’être (…) si on leur demande s’ils désirent d’être heureux, ils répondront aussitôt et sans hésiter qu’ils le souhaitent de tout leur cœur (…) Oui, tous les hommes s’accordent dans le désir d’être heureux, comme s’ils s’accorderaient pour déclarer, si on le leur demandait, qu’ils désirent se réjouir, et c’est la joie elle-même qu’ils appellent la vie heureuse. Et même si l’un passe ici, l’autre là pour l’atteindre, il n’y a pourtant qu’un seul but où tous désirent de parvenir : la joie. »

Augustin, Confessions,
Livre X, XXI, p. 364-365 (trad. modifiée)

Un désir d’« être heureux » qui correspond, chez Louis Lavelle, au désir d’« être » — tout court, mais un « être » qui est « être au monde », dans la solidarité et la responsabilité, non seulement dans la contemplation mais dans la participation et la création :

« Puisque l’être fini est situé au milieu d’un univers qui le dépasse infiniment, mais dont il prend possession peu à peu par la connaissance, on a pu penser que l’appétit de connaître exprimait l’aspiration fondamentale de la conscience, que le moi ne pouvait se former et s’enrichir qu’en dilatant sans cesse à travers le temps son horizon sur le Tout, comme s’il était animé de l’espoir chimérique de surmonter un jour le temps et de s’identifier à la fin avec le Tout lui-même.
Mais la curiosité ou l’appétit de connaître n’est qu’une forme du désir. Car la connaissance ne porte que sur l’être réalisé, c’est-à-dire sur le passé. Au lieu que la vie est orientée vers l’avenir ; elle ne prend pas seulement possession de ce qui est, elle agit sur ce qui doit être : elle introduit dans le monde sa marque originale, l’effet d’une option qui lui est propre. La connaissance apporte au moi de plus en plus de richesse et de lumière mais ce sont là seulement des moyens que le moi doit mettre en œuvre. Car le moi aspire à être et non pas seulement à connaître ; il n’est que là où, non content d’assister à la genèse du monde qu’il a sous les yeux, il sent qu’il contribue lui-même à la produire.
Le désir n’a un caractère sérieux, profond, métaphysique, que s’il ne se satisfait pas de la pure connaissance, celle-ci suppose un objet donné qu’elle cherche à embrasser intérieurement par un acte de contemplation. Mais le véritable désir devance l’objet vers lequel il tend : il en presse l’avènement. L’objet n’est point pour lui comme pour la connaissance un simple élément du réel ; il a un sens et une valeur qui ébranlent notre puissance d’aimer et notre puissance d’agir et qui nous obligent à le réaliser.
(…) la fonction intellectuelle, qui nous révèle tout ce qui est, ne suffit point à introduire, à l’intérieur de ce qui est, notre activité personnelle, participante et responsable. Elle est admirable par la lumière qu’elle nous apporte ; et la conscience ne parvient à se constituer que par elle. Mais elle ne doit point absorber toute notre vie spirituelle ; autrement elle produit en nous cette ambition infinie qui nous porte à vouloir nous égaler avec le Tout. Elle nous donne au contraire une leçon d’humilité, et non plus d’orgueil, si elle se met au service de la volonté et du désir, si elle se borne à éclairer notre conduite, à nous montrer, en même temps que notre place et nôtre rôle dans l’univers, notre solidarité avec lui.
C’est donc le désir qui nous appelle à nous créer nous-mêmes en collaborant à la création du monde. Car le monde ne peut avoir pour nous d’autre sens que de nous permettre de nous réaliser en le réalisant. (…) Or, il n’y a que le désir qui puisse transformer l’avenir en une fin qui nous attire, qui nous oblige, et qui nous paraît plus parfaite que tout ce qui est devant nous. Les trois idées d’avenir, de désir et de bien sont inséparables ; elles se soutiennent l’une l’autre ; elles donnent à la conscience sa vie et au monde sa signification. »

Louis Lavelle, « Le Moi, être de désir »
Les Puissances du moi, Chap. IV, I,
Flammarion, 1948, p. 55-57.

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Published by Qadri Jean-Philippe - dans Enigmes du Moi (2008-2010)
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