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  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
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Bertran de Born

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 17:30
Ainsi, pour Augustin, dans tous les sens du terme, la Joie est la fin du Désir et le Désir est au commencement de tous les commencements ; il reviendra souvent sur ce point dans ses écrits :

« Lève-toi, chercher, soupire, halète de désir, frappe à la porte fermée. Mais si nous ne désirons pas encore, si nous ne sommes pas encore avides, si nous ne soupirons pas encore, nous allons jeter les perles aux premiers venus ou nous ne trouverons nous-mêmes que des perles sans valeur. Puissé-je donc, très chers, susciter le désir en vos cœur ! »


Augustin,
Tractatus in Ioannis Evangelium
, XVIII, 8,
BA 72, p. 139.
Pour que le moi soit autre chose qu'un objet, pour vivre la Vie, il faut le secour du Désir. Louis Lavelle, qui avait lu Augustin, revient lui aussi longuement sur ce point :

« La curiosité qui nous porte à envelopper le monde tout entier par la connaissance n’est donc qu’une [58] forme du désir ; le désir la produit, mais le désir la surpasse. Car c’est toute la vie du moi que le désir nous permet de saisir à sa source. (…)
Mais la vie ne peut être définie que comme une promesse et non comme une possession. Il est impossible que l’être fini, précisément parce qu’il a la conscience de sa radicale insuffisance, n’ait pas aussi le sentiment le plus aigu de sa propre misère. Et d’autre part, il ne cesse d’être une chose que lorsqu’il est capable de renoncer à tout ce qui en lui est déjà une acquisition ou un état et qu’il s’avance vers l’avenir avec les mains libres, persuadé à la fois que tout lui manque et que tout peut lui être donné, pourvu qu’il sache l’accueillir.
Et c’est parce que le désir est inséparable d’un manque, et qu’il est l’essence même de la vie, que tant de philosophes ont pu considérer le malheur comme le destin inévitable de la conscience. Mais le désir ne s’épuise pas dans le sentiment de la privation ; il est aussi une aspiration vers ce dont il est privé. Il nous en donne, par avance, dans l’activité qui cherche à l’obtenir, une sorte de possession plus désintéressée et plus spirituelle que celle que nous donnerait la réalité désirée. Il y a dans le désir un aspect positif et un [59] aspect négatif à la fois dont l’union est nécessaire pour expliquer la vie même qui l’anime. (…)
La valeur du désir et son identité avec la vie elle-même se trouvent confirmées par l’état d’une conscience d’où le désir s’est retiré. Dans le regret, dans le désespoir et jusque dans l’ennui, il subsiste un désir déçu et qui souffre d’avoir été obligé de renoncer à tous les objets capables de le soutenir ou de le satisfaire. Mais la cessation du désir crée une indifférence totale, qui est la mort de la conscience : celle-ci retourne alors à l’inertie ; elle perd cette activité intérieure qui éveille sans cesse en elle l’intérêt, la préférence et l’amour. Elle laisse les images se succéder en elle dans une sorte de rêve paresseux, duquel elle demeure absente. Par une sorte de paradoxe, le plaisir, la douleur, l’émotion sont encore ressentis par elle, mais la traversent sans la troubler. Elle n’y prend aucune part, elle les reconnaît à peine. Dès que le désir a cessé, les heures qui s’écoulent deviennent semblables entre elles ; elles sont toutes mornes et vides. Les choses perdent pour nous leur relief et leur couleur.
[60] Les êtres à leur tour ressemblent à des choses : leurs mouvements n’ont plus pour nous de signification ni de portée. Mais que le désir renaisse tout à coup, aussitôt le monde s’anime et s’illumine : ce que nous voyons, ce que nous faisons retrouve son intérêt et sa valeur. Tous les objets redeviennent pour nous à la fois nouveaux et familiers. Nous n’entendons plus autour de nous que des appels qui nous sont adressés. Il semble que le réel nous tende de nouveaux les mains et que nous ne puissions faire autrement que de les prendre. »


Louis Lavelle, « Le Moi, être de désir »
Les Puissances du moi, Chap. IV, II,
Flammarion, 1948, p. 57-60.

Lavelle-Puissance-du-Moi

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Published by Qadri Jean-Philippe - dans Enigmes du Moi (2008-2010)
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