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  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
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Bertran de Born

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 23:49
Voici une étude littéraire qui fait opportunément le lien entre le cours récent sur l'interaction gravitationnelle, le mouvement des comètes et votre thème de Français/Philo sur les énigmes du Moi :

« (...) le diptyque La Comète et La vérité, lumière effrayée.... Ce dont il s'agit dans ses deux poèmes, c'est de la vérité, c'est de l'énonciation de la vérité, c'est du triple rapport qui s'établit entre l'homme qui énonce la vérité, la vérité elle-même et les autres. De fait, dans ces deux textes, se formule une interrogation sur la praxis même du poète (ou apparenté tel), que, pour simplifier, on appellera prophétie.
Car c'est une prophétie qu'énonce Halley au premier vers du poème :

Il avait dit : - Tel jour cet astre reviendra.

Les instances du discours sont clairement posées ; d'une part, le locuteur prophète, d'autre part le contenu de son énonciation. Et tout le poème va consister à ruiner simultanément ces deux instances. Ainsi Halley sera tourné en ridicule et considéré comme un fou ; du même coup ses ennemis lui dénieront son identité de savant : exemplaire à cet égard l'apostrophe vous (vv. 98-140) qui prive Halley de son Moi et littéralement l'aliène ; témoin le sarcasme c'est lui (vv. 186-196), qui poursuit Halley le fou dans les rues. Le résultat n'est pas étonnant : Halley meurt et l'on oublie son nom : il n'est plus personne. Or, cependant que son identité lui a été pour ainsi dire retirée, sa prophétie, quant à elle, est aussi vidée de tout sens et fait l'objet de la dérision universelle. Mais avec la réapparition de la comète en 1759 chacun est remis à sa place et la prophétie se révèle réalité :

Et soudain, comme un spectre entre en une maison,
Apparut, par-dessus le farouche horizon,
Une flamme emplissant des millions de lieues,
Monstrueuse lueur des immensités bleues,
Splendide au fond du ciel brusquement éclairci ;
Et l'astre effrayant dit aux hommes : “Me voici !”

La survenue du Moi, totalement absent jusqu'alors (confisqué à Halley par ses contemporains, et dénié à ces mêmes contemporains par le méta-texte poétique), vient rendre son identité à Halley en réalisant la prédiction du savant, la prophétie du poète. Constatons à ce lieu que c'est uniquement une transcendance supra-humaine qui peut s'affirmer selon un pronom à la première personne. La comète dit “Me voici !”, mais le Poète, lui, peut-il dire Je ? La question n'est pas absurde : elle se lit de façon insistante dans le poème qui est écrit immédiatement après La Comète. Rien de particulier à dire sur ce poème qui dans un but manifestement didactique donne la signification de La Comète. Cependant, ce poème d'une centaine de vers, dont l'écriture démarque celle de La Comète et qui a quelque chose d'un peu scolaire, formulait une relation nouvelle, ou plutôt laissait transparaître l'objet intime des préoccupations poétiques et poïétiques de Hugo à cette époque :

C'est elle ! O Vérité, c'est toi! Divinement,
Elle surgit ; ainsi qu'un vaste apaisement
Son radieux lever s'épand dans l'ombre immense ;
Menace pour les uns, pour les autres clémence,
Elle approche ; elle éclaire, à Thèbes, dans Ombos,
Dans Rome, dans Paris, dans Londres, des tombeaux,
Une ciguë en Grèce, une croix en Judée,
Et dit : Terre, c'est moi. Qui donc m'a demandée ?

Si le lecteur n'avait pas compris que la comète était une métaphore de la liberté, son ignorance est maintenant dissipée. Mais que l'on approche du dernier vers le télescope :

[…] c'est moi. Qui donc m'a demandée ?

Le Moi aux deux extrémités, en position de sujet, en position d'objet, et au centre du vers un mystérieux qui. Il renvoie évidemment à Halley, nul doute. Et il désigne donc celui en faveur de qui la vérité va faire coïncider la réalité et la prophétie. Cela plus profondément suppose que le poète tient son identité d'un principe transcendant. De là une double conséquence. Seul le Moi poétique a une légitimité, l'identité des autres n'étant qu'apparence. D'autre part, ce Moi poétique se manifeste dans la discontinuité. Pour employer une expression qualifiant le comédien dans L'Homme qui rit, j'avancerais que le poète “est un phare à éclipses, apparition, puis disparition, et il n'existe guère pour le public que comme fantôme et lueur dans cette vie à feux tournants.” »



comets1/ Comète de Halley dans la Voie Lactée (02/1986)  ; 2/ Comète de Halley (02/1986)

3/ Comète de West (03/1976) ; 4/ Comète de Kohoutek (06/1973)

5/ Comète de Ikeya-Seki (11/1965) ; 6/ Comète de West

7/ Comète LINEAR (07/2000) ; 8/ Comète de Hale-Bopp (03/1997)


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Published by Qadri Jean-Philippe - dans Enigmes du Moi (2008-2010)
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commentaires

Dame 22/05/2014 22:12


Bonjour. J'ai vu la comète Hall Bopp en France, dans l'Yonne, c'était en 1997, la nuit, c'était beau, j'étais contente de la voir. Des gens pensent que la comète Hall Bopp a annoncé des malheur,
moi je ne sais pas, je ne suis pas superstitieuse. Le saint Dieu Jésus-Christ a dit que des corps célestes vont tomber sur la terre, j'y crois, c'est écrit dans les évangiles, c'est déjà arrivé,
des météorites sont tombés sur la terre, ça va recommencer.             Cordialement.      Béatrice