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  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
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Bertran de Born

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25 février 2009 3 25 /02 /février /2009 18:54
Ces lieux n’ont pas l’habitude ni pour objet d’accueillir les épanchements divers et variés, mais il certaines circonstances dépassent les cadres et les habitudes.
En ce jour où le soleil ne réjouissait aucun cœur, il nous a été rappelé l’importance, la nécessité de la parole qui nous lie, relie, et nous libère.
Aussi, alors que nous sommes encore, et pour longtemps, sous le choc du départ de Jérémy, je voulais vous offrir ce texte lu il y a quelques instants, et le dédier à ce camarade et ami dont le souvenir joyeux et lumineux continuera de vous unir pour que vous « soyez réellement votre plus grand moi »,
« qui contient l'humanité tout entière »  :


« Après un moment, l'un des disciples lui demanda : « Maître, parle-nous de l'être. Qu'est-ce donc qu'être
Al-Mustafa posa longuement un regard d'amour sur lui. Puis il se leva et marcha loin d'eux pour revenir, disant :

« Dans ce Jardin reposent mon père et ma mère, inhumés par les mains des vivants ; et dans ce Jardin sont ensevelis les semences d'antan, portées jusqu'ici sur les ailes du vent. Mille fois ma mère et mon père seront enterrés ici, et mille fois le vent enterrera la semence; et dans mille ans, vous et moi ainsi que ces fleurs, nous viendrons nous rassembler dans ce Jardin, comme maintenant; nous serons des êtres aimant la vie, nous serons des êtres rêvant d'espace et nous serons des êtres s'élevant vers le soleil.
« Or aujourd'hui être, c'est être sage sans être pour autant étranger au fou; c'est être fort mais non pas pour causer la ruine du faible, c'est jouer avec de jeunes enfants, non comme un père, mais plutôt comme un compagnon désireux de s'initier à leurs jeux.
« C'est être simple et franc avec les hommes et les femmes âgés, c'est vous asseoir avec eux à l'ombre de vieux chênes, bien que vous continuiez à marcher avec le Printemps.
« C'est partir à la recherche d'un poète, dût-il vivre au-delà des sept fleuves, et être en état de paix et de contentement en sa présence, sans l'ombre d'un doute, sans la moindre question sur les lèvres.
« C'est comprendre que le saint et le pécheur sont frères jumeaux, dont le père est notre Gracieux Roi, et que l'un d'eux est né un instant avant l'autre, aussi le considérons-nous comme le Prince Héritier.
« C'est suivre la Beauté, même si elle vous mène au bord du précipice ; et bien qu'elle soit ailée, alors que vous ne l'êtes pas, et bien qu'elle en franchisse le bord, suivez-la. Car le néant est là où la Beauté n'est pas.
« C'est être un jardin sans murs, une vigne sans gardien, une maison au trésor toujours ouverte aux passants.
« C'est être volé, trompé, abusé, mais encore fourvoyé, piégé puis bafoué ; mais malgré tout, regarder du haut de votre plus grand moi et sourire ; car vous savez qu'un printemps viendra certainement dans votre jardin pour danser dans vos feuilles, et qu'un automne viendra pour mûrir vos raisins ; et vous savez aussi que si une seule de vos fenêtres est ouverte à l'est, vous ne serez jamais vides, et que tous ceux qui sont considérés comme des escrocs et des malfaiteurs, des brigands et des imposteurs sont vos frères dans le besoin, et que vous êtes peut-être vous-mêmes tout cela aux yeux des bienheureux habitants de la Cité Invisible, par-dessus cette cité.
« Quant à vous dont les mains façonnent et trouvent toutes ces choses nécessaires au confort de nos jours et de nos nuits,
«Être, c'est être un tisserand aux doigts qui voient, un bâtisseur soucieux de lumière et d'espace; c'est être un laboureur qui ressent que, dans chaque graine qu'il sème, il cache un trésor; c'est être un pêcheur et un chasseur, ayant pitié du poisson et du gibier, mais ayant plus grande pitié encore de la faim et des besoins de l'homme.
« Et par-dessus tout, je vous dis ceci : je voudrais que chacun de vous soit associé à l'objectif de tout homme, car c'est seulement ainsi que vous espérerez réaliser votre propre objectif.
«Mes camarades et mes bien-aimés, soyez audacieux et non résignés , soyez ouverts et non bornés; et jusqu'à mon ultime heure et la vôtre, soyez réellement votre plus grand moi.

***

«Et même quand nous serons séparés par les mers et les vastes terres, nous resterons des compagnons dans notre voyage jusqu'à la Montage Sacrée.
«Mais avant que nous nous engagions dans nos routes ardues, je voudrais vous offrir la moisson et la glanure de mon cœur:
« Poursuivez vos chemins en chantant, mais que chaque chanson soit brève, car seules les chansons (…) jeunes sur vos lèvres vivront dans le cœur des hommes.
« Exprimez une ravissante vérité en peu de mots, mais jamais une hideuse vérité quels que soient vos mots. Dites à la jeune fille dont les cheveux brillent au soleil qu'elle est la fille du matin. Mais si vous rencontrez un aveugle, ne lui dites pas qu'il ne fait qu'un avec la nuit.
« Écoutez le joueur de flûte comme si vous écoutiez Avril, mais si vous entendez parler le critique et le guetteur de fautes, restez aussi sourds que vos os et aussi lointains que votre imagination.
«Mes camarades et mes bien-aimés, sur votre chemin vous rencontrerez des hommes aux sabots de cheval, donnez-leur de vos ailes. Et des hommes avec des cornes, donnez-leur des couronnes de laurier. Et d'autres avec des griffes, donnez-leur des pétales pour leurs doigts. Et d'autres encore avec des langues fourchues, donnez-leur du miel pour leurs paroles.
« Oui, vous rencontrerez tous ceux-là et d'autres encore; vous rencontrerez des boiteux vendant des béquilles et des aveugles vendant des miroirs. Et vous rencontrerez des hommes riches mendiant à la porte du Temple.
« Aux boiteux donnez de votre agilité et aux aveugles, de votre vue. Et veillez à donner de vous-mêmes aux riches mendiants , ce sont les plus nécessiteux de tous, car il est certain que nul ne tendrait la main pour demander l'aumône, s'il n'était réellement pauvre, malgré tous les biens qu'il possède.
« Mes camarades et mes amis, je vous exhorte, au nom de notre amour, d'être d'innombrables chemins qui se croisent dans le désert, que parcourent les lions et les lapins ainsi que les loups et les moutons.
«Et rappelez-vous ceci : je vous apprends non à donner mais à recevoir, non à renoncer mais à réaliser, non à céder mais à comprendre, le sourire toujours aux lèvres.
« Je vous enseigne non pas le silence, mais un chant à voix douce.
« Je vous révèle votre plus grand moi qui contient l'humanité tout entière. »


Khalil Gibran (1883-1931)
Le Jardin du prophète
,
dans Œuvres Complètes,
Laffont, p. 786-787, 790-791

Dans les jours qui viennent et pour les vivants que nous sommes, «
Non pas le silence, mais un chant à voix douce », avec, comme une présence qui accompagne, le souvenir, l'exemple et la « chanson jeune » de Jérémy qui « vivront dans le coeur des hommes », le vôtre, le nôtre, le mien.



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Published by Qadri Jean-Philippe - dans Enigmes du Moi (2008-2010)
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commentaires

JULIE GILLION 27/02/2009 23:27

Merci, il nous manquera mais restera toujours présent dans nos coeurs et nos souvenirs