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Bertran de Born

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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 11:28
Voici ce qu'écrit le très rationnel Albert Jacquard à propos des quatres interactions fondamentales et de la complexité de l'univers qu'elles ont produit (avec, pour ceux qui suivent en cours les digressions du professeur, un ton qui n'est pas sans évoquer celui de Laplace devant Napoléon) :
« De l'élan vital...

Le recours, dans l'explication de la transformation des [82] êtres vivants, à une force vitale spécifique constitue, selon l'expression de Jacques Monod, un «vitalisme métaphysique» [expression forgée pour être immédiatement critiquée dans Le Hasard et la Nécessité]. Telle est, notamment, la position de Bergson qui, en 1907, dans L’Évolution créatrice, propose le concept d'«élan vital». Pour lui, la matière, indépendamment des interactions auxquelles elle est soumise en fonction de ses caractéristiques physiques, est traversée par un courant qui la contraint à produire de l'ordre, de l'organisation. (...)
Une telle vision aboutit soit à dissocier radicalement le vivant de l'inanimé en lui attribuant des pouvoirs non réductibles aux forces naturelles, soit à amener l'inanimé au vivant en imaginant un mouvement général de la matière vers l'esprit. Avec ce second point de vue, force est de constater que seule une faible part de l'univers en a jusqu'ici pleinement bénéficié, mais cette tendance s'exercerait sur toute chose.

... à l'élan complexificateur

La réflexion scientifique de cette fin de siècle peut être présentée de façon exactement inverse. Sans imaginer de phénomènes mystérieux, on peut réunifier l'ensemble [83] des êtres et des objets, qu'ils soient réputés vivants ou inanimés, et expliquer la prolifération progressive de leurs caractéristiques et de leurs pouvoirs à partir des interactions toutes naturelles qui s'exercent entre eux.

Dans la vision actuelle des scientifiques, ces interactions sont au nombre de quatre : forces nucléaires forte et faible, forces électromagnétiques, gravitation.
A l'instant même où les divers éléments de l'univers apparaissent, ces forces commencent à exercer leur influence (d'ailleurs, l'être de cet univers est-il constitué de l'ensemble de ces éléments ou de l'ensemble de leurs interactions réciproques ?). Tout ce qui se produit par la suite résulte de leurs jeux enchevêtrés. Chacune entraîne l'ensemble vers un destin précis. Les forces nucléaires ont pour effet d'associer les protons et les neutrons en noyaux aussi stables que possible; or le noyau le plus stable est celui du fer (26 protons et 30 neutrons) ; si elles avaient agi seules, ces forces, au bout de 15 milliards d'années, auraient fini par creer un état définitivement stable, où presque tous les atomes auraient un noyau de fer. De son côté, la force électro-magnétique associe les atomes en structures telles que l'eau, le gaz carbonique ou les gaz rares; laissée à elle-même, elle aurait réalisé un univers bien peu varié. Quant à la gravitation, rassemblant tous les objets dotés d'une masse, elle construit des ensembles de plus en plus massifs, s'attirant les uns les autres avec une force de plus en plus intense ; en quelques milliards d'années, il ne resterait [84] plus que quelques «trous noirs», et personne pour les observer.

Aucun de ces aboutissements n'est bien attrayant. Il se trouve qu'aucune des forces en présence n'a pu jusqu'ici imposer son jeu; notre univers a échappé à l'uniformité du fer ou de l'hélium comme à l'annihilation dans un trou noir. Résultat si remarquable que certains imaginent la création d'un grand nombre d'univers dont la quasi-totalité n'auraient pas eu cette chance. Nous appartenons à celui, ou à l'un de ceux qui ont «réussi». Cette réussite consiste en un déséquilibre permanent qui a provoqué la réalisation d'objets les plus divers, et parfois les plus complexes. Cette complexité, un des maîtres mots du discours scientifique actuel, caractérise une structure composée de nombreux éléments, appartenant à de nombreuses catégories, ayant chacun de nombreuses caractéristiques et développant entre eux de multiples interactions non linéaires; de plus, les frontières de cette structure sont poreuses, lieux de multiples échanges avec l'environnement.
L'enchevêtrement des effets des quatre forces à l’œuvre a fini par réaliser des objets de plus en plus riches, de plus en plus complexes ; noyaux atomiques composés de plusieurs particules, molécules comportant de nombreux atomes, ensembles interactifs faits d'une multitude de molécules... Pour résumer ces effets, on peut présenter notre univers comme lieu d'un élan vers la complexité. Ce terme ne camoufle nullement un concept voisin de l'élan vital bergsonien. Il ne s'agit pas [85] d'ajouter aux lois de la nature, dont l'existence explique les observations et les expériences, une «force» supplémentaire révélée par les propriétés spécifiques des êtres vivants, mais de préciser l'effet global du jeu conjoint de ces forces. Elles aboutissent à une séquence d'événements entraînant la réalisation d'objets de plus en plus complexes. «Tout se passe comme si» un élan complexificateur était à l’œuvre ; cet élan ne se surajoute pas aux forces élémentaires, il est leur résultante. »
Albert Jacquard, Voici le temps du monde fini,
Paris, Seuil, 1991, p. 81-85.

 
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Published by Q. - dans Mécanique
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commentaires

Véron Thibaut 13/10/2006 22:50

autre lien interessant: un lien avec des animations pour mieux comprendre: http://www.sciences.univ-nantes.fr/physique/perso/gtulloue/