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Bertran de Born

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3 octobre 2006 2 03 /10 /octobre /2006 10:29

Récemment et en d'autres lieux dignes d'intérêt, j'ai été conduit à relire quelques pages qu'Erasme avait consacrées à l'éducation des enfants et à la nature humaine.

Or, ces pages sont d'une grande importance pour l'aventure qui nous avons entreprise et qui va nous conduire, d'ici deux ans, aux concours ; mais également pour l'étape suivante, pendant vos années d'études en école d'ingénieur ; et encore et surtout plus tard, dans votre vie quotidienne d'homme et de femme (la seule véritable aventure).

Si vous n'êtes pas sociologiquement parlant des enfants, Erasme, en philosophe, propose de voir en chacun de nous des enfants — comprendre : des êtres capables de devenir hommes en recevant une éducation.

Dit autrement, l'expérience humaine est celle d'une éducation perpétuelle pour des hommes en perpétuel devenir :

« (...) la nature nous ayant fait naître pour acquérir des connaissances, l’ardeur qui nous pousse vers elles ne saurait être prématurée, quand la mère universelle en a elle-même déposé en nous certains germes. Ajoutons que pour un certain nombre d’entre elles, leur acquisition est également nécessaire aux adultes (…). »
Érasme, De pueris statim ac liberaliter instituendis (Il faut donner très tôt aux enfants une éducation libérale, 1509), trad. J.-C. Margolin,
in Oeuvres Choisies, R. Laffont, collection Bouquins, 1992, p. 478

 

Un peu plus loin, Érasme développe cette définition de l’homme comme être destiné à apprendre les mystères de la Nature, cette « mère universelle » :
« Certes, les espèces muettes ont reçu de la Nature, notre mère universelle, un plus grand secours pour l'accomplissement de leurs fonctions spécifiques; mais puisque la providence divine a doté l'homme, seul entre toutes les créatures, de la puissance de la raison, c'est à l'instruction qu'elle a réservé le rôle le plus important : si bien qu'un auteur a pu fort judicieusement écrire que (…) la substance et la somme de toute la félicité humaine, consistent en une bonne instruction et en une éducation conforme à la règle. (…) Une éducation attentive et irréprochable est en effet la source de toutes les vertus. De même, la première, la seconde et la troisième conditions d'accès à la sottise et à la méchanceté, c'est une éducation négligée et corrompue. C'est cette puissance qui nous a été principalement laissée. La même raison a conduit la nature à attribuer aux autres créatures la vitesse ou la faculté de voler, une vue perçante, un corps vigoureux ou volumineux, des écailles, une toison, un pelage, [484] des lamelles, des cornes, des griffes, du venin, avantages qui leur permettent à la fois d'assurer leur propre sauvegarde, de pourvoir à leur nourriture et d'élever leurs petits. L'homme est le seul être que la Nature ait produit avec un corps mou, nu, dépourvu de toute armure ; mais à la place de tous ces attributs, elle l'a gratifié d'un esprit doué pour le savoir, parce qu'en lui seul il les contiendrait tous, à la condition d'être exercé. »
Érasme, ibid., p. 483-484.
 
Tout est là : «l’esprit doué pour le savoir» doit «être exercé» pour découvrir, posséder et maîtriser ce « savoir ». Car sans l'exercice du «grand secours» qu'est la raison, l’homme demeure nu et perdu dans la forêt du monde :
« (...) l'homme ne sait ni manger, ni marcher, ni parier sans une instruction préalable. S'il est donc vrai qu'un arbre que l'on aurait négligé de greffer ne produit pas de fruits ou en produit d'insipides, si un chien à sa naissance n'est d'aucune utilité pour la chasse, si un cheval est impropre à l'usage du cavalier et un bœuf à celui du laboureur sans l'appoint de notre art, quel animal sauvage et sans utilité deviendrait l'homme, s'il n'était pas formé et instruit tout à la fois avec zèle et promptitude ? »
Érasme, ibid., p. 484.
 
Plus loin encore, revenant sur l’origine de la « félicité humaine » :
« Le principe universel de la félicité humaine réside essentiellement en trois choses : la nature, la méthode et l'exercice.
J'appelle nature une aptitude et une disposition profondément implantée en nous pour ce qui est bien.
Par le terme de méthode, je désigne une connaissance reposant sur des avertissements et des préceptes.
Par exercice, j'entends l'usage de cette habitude que la nature a instaurée et qu'a développée la méthode.
La nature a besoin de la méthode, et l'exercice, s'il n'est pas dirigé par cette dernière, conduit à des erreurs et à des dangers sans nombre.
Ils se trompent donc lourdement, ceux qui pensent qu'il suffit de naître ; non moins grave est l'erreur de ceux qui croient que l'on acquiert de la sagesse à force d'entreprendre et de traiter des affaires sans recourir aux préceptes de la philosophie. Dis-moi : quand ses qualité de coureur se révéleront-elles chez celui qui, tout en courant avec ardeur, s’exerce dans l’obscurité ou ignore son chemin ? Comment sera-t-il un bon escrimeur, l’homme qui garde les yeux fermés pour faire des moulinets avec son épée ? [ici comme ailleurs, on pense à Malebranche] Les préceptes de la philosophie sont comme les yeux de l’esprits : ils éclairent en quelque sorte par anticipation afin de nous faire voir ce qu’il nous faut entreprendre et ce que nous devons laisser. »
Érasme, ibid., p. 497.
 
Apprendre à apprendre comme on apprend à manger, à regarder et à marcher.
Reconnaître la nature dangereuse ou bénéfique d’un chemin, d’une image, d’une pomme ou d’un savoir.
Reconnaître ses erreurs et ne pas s’en contenter ; donc, le plus tôt possible, savoir laisser pour savoir entreprendre.

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Published by Q. - dans Marcher
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