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  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
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Bertran de Born

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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 20:41


« Aussi, la bourgeoisie industrielle, dans son fanatisme de l'ordre, était-elle mécontente des querelles continuelles entre le parti de l'ordre parlementaire et le pouvoir exécutif. Thiers Anglas, Sainte-Beuve, et autres, après leur vote du 18 janvier à l'occasion de la destitution de Changarnier, reçurent de leurs mandants, appartenant précisément aux régions industrielles, des remontrances publiques dans lesquelles leur coalition avec la Montagne était flétrie comme un acte de haute trahison à l'égard de l'ordre. »
Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, VI,
// Id., Paris, Flammarion, 2007, p. 165


« L’autre jour, j’ai délivré un ruisseau. Il était pris dans les roseaux et la vase, et se perdait sur la pente boisée par des filets imperceptibles. Je commençai par tracer des chemins avec ma canne, et l’eau s’y précipitait. Ces jeux d’enfants plaisent encore plus aux hommes qu’aux enfants. D’autres vinrent à mon aide. Le lendemain, nous apportions pelles et pioches, et ce fut bientôt fait, car c’était un ruisseau de poupée. L’eau retrouva son ancien lit, qui était sec depuis des années, et descendit en chantant jusqu’à une petite cascade qu’elle alla grossir. [311]

Je revins le lendemain et je vis bien des changements dans nos travaux Romains. Je n’avais pas pensé que cette petite machine naturelle agirait pendant toute la nuit. Etrange effet de cette force délivrée, le lit du ruisseau était moins régulier que la veille. Il s’était formé de petits barrages, de petits lacs, de petites cascades, on voit bien comment. Une petite branche qui flottait s’était mise en travers ; des feuilles, des pailles avaient grossi le barrage ; l’eau s’était filtrée là, en déposant un peu de vase, ce qui avait maçonné la digue ; de là une nappe d’eau et une chute d’eau ; l’eau, en tombant, avait creusé la terre au pied du barrage ; ainsi le jeu naturel des forces allait contre notre industrie, et bordait des différences, malgré la pioche niveleuse.

Cela me ramenait à des faits simples et assez connus, mais qui m’étonnent encore. Un fleuve n’est jamais tout droit. Ce qui est remarquable, c’est qu’il exagère lui-même les sinuosités de son cours, creusant de plus en plus la rive concave, et déposant les débris sur la rive convexe ; de là ces fleuves qui coulent en S dans une plaine tout unie. L’industrie humaine égalise ; mais laissez faire le fleuve, il créera de la variété ; laissez faire la nature, elle créera des individus. »
Alain, Les Propos d'un Normand de 1908,
propos n°922, 17 septembre 1908, p. 310-311.

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commentaires

Sébastien Mallet 18/09/2007 10:54

C’est une belle page d’Alain (avec de sympathiques reflets dans le fleuve ;-))
Cette question du rapport entre travail et individu m’en rappelle une autre chez Hannah Arendt :
« Tout devient différent si l’intérêt dominant n’est plus la propriété mais l’accroissement de richesse et le processus d’accumulation comme tel. Ce processus peut être infini comme le processus vital de l’espèce, et son infinité est constamment menacée, interrompue par le fait regrettable que les individus ne vivent pas éternellement, n’ont pas de temps infini devant eux. Il faut que la vie de la société dans son ensemble, au lieu des vies limitées des individus, soit considérée comme le gigantesque sujet du processus d’accumulation, pour que ce processus se développe en toute liberté, à toute vitesse, débarrassé des limites qu’imposeraient l’existence individuelle et la propriété individuelle. Il faut que l’homme n’agisse plus en individu, uniquement préoccupé de son existence, mais en « membre de l’espèce », en Gattungswesen comme disait Marx, il faut que la reproduction de la vie individuelle s’absorbe dans le processus vital du genre humain, pour que le processus vital collectif d’une « humanité socialisée » suive sa propre « nécessité », c’est-à-dire le cours automatique de sa fécondité, au double sens de la multiplication des vies et de l’abondance croissante des biens dont elles ont besoin. »
Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne, chap. III
(trad. fr. de G. Fradier ; Pocket, 2000, p. 164)

 

Hannah Arendt poursuit immédiatement en soulignant la façon qu’a Marx de penser l’histoire :
« Il y a une coïncidence frappante entre la philosophie du travail de Marx et les théories du développement et de l’évolution au XIXème siècle : évolution naturelle d’un unique processus vital depuis les formes les plus simples de la vie organique jusqu’à l’apparition de l’animal humain, et développement historique d’un processus vital de l’humanité considérée comme un tout ; cette coïncidence fut signalée très tôt par Engels, qui appelait Marx « le Darwin de l’Histoire ». Ce qu’ont de commun toutes ces théories, en diverses sciences — économie, histoire, biologie, géologie —, c’est le concept de processus, qui était pratiquement inconnu avant les temps modernes. » (ibid., p. 164-165)

 

Q. 20/09/2007 16:43

Merci pour ce précieux commentaire, Sébastien :-)D'autant plus que les mots d'Hannah Arendt m'ont permis de remarquer ce terme de processus que j'avais manqué dans mes premières lectures et qui, pourtant, est essentiel pour le thème étudié cette année :cf. Chap. IV, p. 124 : "ils se soumettaient à leur destin et démontraient que la défaite de 1848 les avait mis hors de combat pour des années et que le processus historique devait recommencer à leur passer au-dessus de la tête"cf. Chap. VII, p. 193 : "Le processus prit la forme d'un combat incessant entre les maîtres d'écoles et les curés."