Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : PCSI : un autre regard
  • PCSI : un autre regard
  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
  • Contact

Bertran de Born

Archives

20 septembre 2007 4 20 /09 /septembre /2007 15:41
Affirmation, interrogation, petite phrase soit-disant maladroite mais bien choisie pour préparer le discours bien frappé...
Rien de nouveau sous le soleil, au moins pas depuis les gentillesse de Marx :

« On se rend compte immédiatement que, dans un pays comme la France, où le pouvoir exécutif dispose d'une armée de fonctionnaires de plus d'un demi-million de personnes et tient, par conséquent, constamment sous sa dépendance la plus absolue une quantité énorme d'intérêts et d'existences, où l'Etat enserre, contrôle, réglemente, surveille et tient en tutelle la société civile, depuis ses manifestations d'existence les plus vastes jus qu'à ses mouvements les plus infimes, de ses modes d'existence les plus généraux jusqu'à la vie privée des individus, où ce corps parasite, grâce à la centralisation la plus extraordinaire, acquiert une omniprésence, une omniscience, une capacité de mouvement et un ressort accru, qui n'a d'analogue que l'état de dépendance absolue, la difformité incohérente du corps social, on comprend donc que, dans un tel pays, l'Assemblée nationale, en perdant le droit de disposer des postes ministériels, perdait également toute influence réelle, si elle ne simplifiait pas en même temps l'administration de l'Etat, ne réduisait pas le plus possible l'armée de fonctionnaires et ne permettait pas, enfin, à la société civile et à l'opinion publique de créer leurs propres organes, indépendants du pouvoir gouvernemental. Mais l'intérêt matériel de la bourgeoisie française est précisément lié de façon très intime au maintien de cette machine gouvernementale vaste et compliquée. C'est là qu'elle case sa population superflue et complète sous forme d'appointements ce qu'elle ne peut encaisser sous forme de profits, d'intérêts, de rentes et d'honoraires. D'autre part, son intérêt politique l'obligeait à aggraver de jour en jour la répression, et, par conséquent, à augmenter les moyens et le personnel du pouvoir gouvernemental, tandis qu'en même temps il lui fallait mener une guerre ininterrompue contre l'opinion publique, mutiler et paralyser jalousement les organes moteurs indépendants de la société, là où elle ne réussissait pas à les amputer complètement.»
Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, IV,
// Id., Paris, Flammarion, 2007, p. 112-113

Ce qui est bien, chez Marx, c'est qu'il se répète -- à l'instar de l'Histoire dont il fait la critique, "la première foisz comme tragédie, la seconde fois comme farce" -- comme ça, les élèves qui lisent une page sur deux ont peu de chance de manquer son propos :

« Ce pouvoir exécutif, avec son immense organisation bureaucratique et militaire, avec son mécanisme étatique complexe et artificiel, son armée de fonctionnaires d'un demi-million d'hommes et son autre armée d'un demi-million de soldats, effroyable corps parasite, qui recouvre comme d'une membrane le corps de la société française et en bouche tous les pores, se constitua à l'époque de la monarchie absolue, au déclin de la féodalité, qu'il aida à renverser.»
Marx, Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, VII,
// Id., Paris, Flammarion, 2007, p. 188

Rien de nouveau sous le soleil, sinon qu'on pourrait croire que les oeuvres au programme de Français-Philosophie ont été choisies pour préparer "l'opinion publique" étudiante...

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Sébastien Mallet 21/09/2007 00:16

Il est certain que nous sommes loin de cette déclaration de Husserl, qui fait du statut de fonctionnaire un titre éminent, au point de considérer que la responsabilité des philosophes n’est rien de moins que d’être les « Fonctionnaires de l’Humanité » (ce qui n’a rien à voir avec le journal du même nom ;-)) :

 

« Nous sommes devenus conscients, au moins d’une façon très générale, que le philosopher humain et ses résultats n’ont nullement dans l’ensemble de l’existence humaine la simple signification d’un but culturel privé, ou limité d’une façon ou d’une autre. Nous sommes donc — comment pourrions-nous l’oublier ? — les Fonctionnaires de l’Humanité. (...) Notre méditation historique initiale (...) nous a aussi remis en mémoire qu’en tant que philosophes nous sommes, sur les buts qu’indique le terme de « philosophie », sur les concepts, sur les problèmes, sur les méthodes, des héritiers du passé. Il est clair (d’où, sinon, pourrait nous venir le secours ?) que nous avons besoin de la pénétration d’une méditation-en-retour, historique et critique, afin de nous soucier d’une compréhension radicale de nous-mêmes avant toute décision. Cela se fera par une question-en-retour sur ce qui originellement et à chaque fois, a été voulu en tant que philosophie et a continué à être voulu à travers l’histoire dans la communion de tous les philosophes et de toutes les philosophies (...) »
 

(Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, I, § 7 ; trad. fr. de G. Granel, Gallimard, 1976, 1989, p. 23)

 

Husserl n’a pas du tout la même façon que Marx de penser l’histoire, à commencer par celle de la philosophie.
Marx, dans la XIème des Thèses sur Feuerbach, écrivait : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer ». La philosophie doit s’infléchir vers le domaine de la pratique, sans plus tarder, ni se perdre dans la réflexion sur les interprétations antérieures.
Husserl, au contraire, estime qu’il est du devoir de chaque philosophe de reprendre à son compte le dialogue avec ceux qui l’ont précédé, afin de progresser vers le Telos (c’est-à-dire la finalité) de la philosophie. Toute décision qui se dispenserait d’une telle tâche mettrait en péril la continuité de la culture. Voilà pourquoi, aux yeux de Husserl, les philosophes œuvrent pour le progrès de l’Humanité dans sa quête de vérité. C’est leur fonction, qui excède le cadre de leurs intérêts personnels.