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  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
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Bertran de Born

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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 15:04
On ne lit plus beaucoup Alexandre Dumas. Et lorsqu'on pense à lui, c'est pour immédiatement imaginer les trois Mousquetaires et D'Artagnan.  Or, en préparant quelques billets à venir, j'ai découvert ses mémoires.
Le ton est parfois pompeux et les commentaires adressés au lecteur en forme de sermons peuvent prêter à sourire ; mais au-delà de la forme, écoutez ce qui est dit et dont nous pouvons encore apprendre avec profit :

« Ma sœur était assez bonne musicienne et chantait agréablement. Ma mère, malgré notre état de gêne, se fût reproché de faire pour un de ses enfants ce qu'elle ne faisait pas pour l'autre ; elle décida donc que, moi aussi, je deviendrais musicien ; mais, comme il avait été déjà reconnu que, dans sa prodigalité envers moi, cette bonne mère qu'on appelle la nature m'avait doué de la voix la plus fausse qu'il y eût au monde, comme, au contraire, on avait remarqué que j'avais les doigts très agiles et la main très adroite, on se décida à faire de moi un simple instrumentiste, et l'on me choisit le violon, [On devine la suite ; et c'est l'occasion de rappeler qu'on ne devrait pas travailler pour faire plaisir au parents, malgré tout le bien qu'ils nous veulent, ou par esprit de rivalité entre frère(s) et(ou) soeur(s) ; pas seulement en tout cas, et certainement pas par-dessus tout autre motivation] (…).
Il n'y avait pas de choix à faire parmi les professeurs de Villers-Cotterêts : la ville n'en possédait qu'un seul.
Il se nommait Hiraux.
Hiraux mériterait un chapitre à part, et même plutôt deux chapitres qu'un seul.
(…)
Hiraux avait, sous ce bonnet, une des figures maigres et parcheminées les plus spirituelles et les plus grimaçantes que j'aie jamais vues, grâce au jeu de chacun de ses muscles, qui semblaient vibrer pour exprimer sa pensée, ainsi que vibraient les cordes de son violon ou de son piano sous ses doigts longs, agiles et maigres comme ceux de Paganini [remarquez le lien établi entre l'action du corps (vibrations des muscles de la figure) et la pensée, mais aussi la métaphore entre l'homme et le violon].
(…)
Hiraux m'avait tant fait rire dans ma jeunesse, j'aimais tant Hiraux, que, ma sympathie pour le musicien l'emportant sur mon antipathie pour la musique, je me décidai à prendre des leçons de violons [Dans l'application que je voudrais faire de ce texte à notre situation, deux erreurs  doivent être relevées : on ne choisit pas une voie en fonction seulement d'un entourage plus ou moins séduisant ; choisir une voie, c'est avant tout choisir d'approfondir une matière et non de suivre des professeurs
ou des camarades "sympathiques" qui ne nous accompagneront qu'un temps et qui ne pourront jamais produire en nous ce qui ne dépend que de nous (volonté). Or, exercer sa volonté, c'est éviter le piège dans lequel tombe le jeune Dumas qui consiste d'appréhender ce que l'on ne connaît pas (ici, la musique, le violon) sous l'unique angle de l'émotion et donc de l'intérêt/désintérêt qui n'est qu'inclination passagère et capricieuse, ainsi que le montre la suite : ].
Mais j'exigeai que l'on m'achetât un violon à Paris, ceux qui étaient à vendre chez les marchands de bric-à-brac de Villers-Cotterêts ne satisfaisant pas suffisamment mon amour-propre. On en passa par où je voulais : c'était assez l'habitude de ma mère.
Il fut décidé qu'Hiraux, à son prochain voyage à Paris, achèterait un violon, et qu'aussitôt son retour, mon éducation musicale commencerait.
(…)
Des aventures d'Hiraux, je ferais tout un livre, et, si je voulais, un livre bien autrement amusant que beaucoup de livres que je connais.
Mais je me bornerai à la dernière et à la plus triste de ces aventures. C'est qu'au bout de trois ans de leçons chez Hiraux, je ne savais pas mettre mon violon d'accord !
En reconnaissant chez moi pour la musique cette phénoménale antipathie, Hiraux déclara à ma pauvre mère désolée que ce serait lui voler son argent que de tenter plus longtemps de faire de moi un musicien.
Je renonçai donc au violon. »
(Alexandre Dumas, Mes Mémoires, Chap. XXIII)

« En même temps que se développaient [mes] jeunes amours – qui devaient, hélas ! avoir la durée éphémère des amours de seize ans, des amitiés qui devaient durer toute la vie, prenaient racine dans mon coeur.
J'ai déjà parlé d'Adolphe de Leuven (…). Qu'on me permette de dire un mot d'un autre ami à moi, qui devait achever, en m'ouvrant certains horizons, (…).
On le nommait Amédée de la Ponce.
Quel hasard, quel caprice, quel besoin, l'amenait à Villers-Cotterêts ? (…)
Depuis bien longtemps, je vous ai perdu de vue, mon cher de la Ponce ! Quelque part que vous soyez, si vous lisez ces lignes, retrouvez-y le témoignage toujours vivant, toujours réel, de mon éternelle amitié.
Car vous avez fait beaucoup pour moi, mon ami. Vous m'avez dit : « Croyez-moi, mon cher enfant, il y a autre chose dans la vie que le plaisir, que l'amour, que la chasse, que la danse et que les folles aspirations de la jeunesse ! Il y a le travail. Apprenez à travailler... c'est apprendre à être heureux. »
Et vous aviez raison, mon ami. Pourquoi, à part la mort de mon père, la mort de ma mère et la mort du duc d'Orléans, pourquoi n'ai-je jamais eu une douleur que je n'aie fait plier sous moi, un chagrin que je n'aie surmonté ? C'est que vous m'aviez fait faire la connaissance du seul ami qui console le jour, qui console la nuit, que l'on a sans cesse près de soi, accourant au premier soupir, vous versant ce baume à la première larme : vous m'avez fait faire la connaissance du travail. [Je vous avez dit que ce serait pompeux ;-)... mais]
O bon et cher Travail, qui emportes dans tes bras puissants ce lourd fardeau de l'humanité qu'on appelle la douleur ! divinité au visage toujours souriant, à la main toujours ouverte et étendue !... ô bon et cher Travail, toi qui ne m'as jamais donné l'ombre d'une déception !... Travail, je te remercie ! [Il est peu probable que le jeune Dumas aux côtés d'Amédée de la Ponce eût éprouvé une telle reconnaissance alors qu'il produisait ses tout premiers efforts ; c'est Dumas devenu écrivain qui parle ; de même, il vous est impossible actuellement de saisir combien vos efforts actuels vous suivront et façonnent dès maintenant votre chemin. Si vous ne me croyez pas, écoutez Dumas qui vous dit à sa manière que votre travail ne sera jamais un travail inutile]
De la Ponce parlait, comme sa langue maternelle, l'italien et l'allemand. Il offrit de m'apprendre, dans mes moments perdus – et Dieu sait si à cette époque j'avais des moments perdus [là encore, c'est le vieux Dumas qui parle et qui, se retournant sur son passé, découvre comment il aurait pu, bien souvent, mieux gérer son temps et ses occupations ; il ne s'agit pas de se laisser engloutir par le travail sans aucun moment de repos et de délassement : il s'agit de savoir distinguer le temps libre du temps vide, les moments gorgés d'existence des "moments perdus"] –, il offrit de m'apprendre l'allemand et l'italien. »
(Alexandre Dumas, Mes Mémoires, Chap. LIV)

« Alors, pauvre Adolphe, il lui vint peu à peu une singulière idée, c'était de me faire partager, pour mon compte, les espérances qu'il avait conçues pour le sien ; c'était de faire naître en moi le désir de devenir, sinon un Scribe, un Alexandre Duval, un Ancelot, un Jouy, un Arnault ou un Casimir Delavigne – tout au moins un Fulgence, un Mazères ou un Vulpian.
Et, il faut le dire, c'était déjà bien ambitieux ; car, je le répète, je n'avais reçu aucune éducation, je ne savais rien, et ce ne fut que bien tard, en 1833 ou 1834, lors de la publication de mes premières Impressions de voyage, que quelques personnes commencèrent à s'apercevoir que j'avais de l'esprit.
En 1820, je dois l'avouer, je n'en avais pas l'ombre. [Belle confession qui devient pour nous un encouragement : on ne connaîtra jamais l'étendue de nos forces et de nos capacités. Chaque jour est une promesse et un appel à s'éveiller, à faire croître en nous des forces insoupçonnées et encore inexistantes hier. Invitation à jardiner (humilité et patience du jardinier) et invitation à marcher (persévérance et curiosité du "voyageur")... "marcher", le nom de cette catégorie, mais aussi l'image avec laquelle Dumas concluera la naissance de sa vocation]
Huit jours avant le retour d'Adolphe, admettant pour moi cette vie de province à l'horizon restreint et muré, qu'un premier reflet du ciel venait de vivifier, j'avais posé, comme terme à mon ambition, une perception de province, aux appointements de quinze ou dix-huit cents francs, car, être notaire, il n'y fallait pas songer ; d'abord, la vocation me manquait, et, depuis trois ans que je copiais des ventes, des obligations et des contrats de mariage, chez maître Mennesson, je n'étais guère plus fort en droit que je ne l'étais en musique, après trois ans de solfège chez le père Hiraux.
Il était donc évident que le notariat n'était pas plus ma vocation que la musique, et que je ne jouerais jamais mieux du code que du violon.
Cela désolait fort ma mère, à qui toutes ses bonnes amies disaient :
- Ma chère, écoutez bien ce que je vous prédis : votre fils est un grand paresseux, qui ne fera jamais rien.
Et ma mère poussait un soupir, et me disait en m'embrassant :
- Est-ce que c'est vrai, mon pauvre enfant, ce qu'on me dit de toi ?
Et, naïvement, je lui répondais :
- Dame ! je ne sais pas, moi, ma mère !
Que pouvais-je répondre ? Je ne voyais pas au-delà des dernières maisons de ma ville natale, et, si je trouvais dans son enceinte quelque chose qui répondit à mon cœur, j'y cherchais vainement quelque chose qui satisfit mon esprit et mon imagination.
De Leuven fit une brèche à cette muraille qui m'enveloppait ["cette muraille" est moins celle de la "ville natale" que celle de la paresse, ainsi que le suite le montre en dévoilant que le jeune Dumas avait abandonné ses études d'Allemand ; heureusement pour lui, de Leuven et de la Ponce ont maintenu leurs solliscitations], et, à travers cette brèche, je commençai d'apercevoir comme un but sans formes dans un horizon infini.
Pendant ce temps, de la Ponce opérait sur moi de son côté.
(...)
En outre, de la Ponce, qui voulait m'inspirer le regret d'avoir abandonné l'étude de la langue allemande, m'avait traduit la belle ballade de Bürger, Lénore.
La lecture de cette oeuvre, appartenant à une littérature qui m'était complètement inconnue, produisit sur moi une profonde impression [à l'intérêt de surface, fondé sur la seule "sympathie", succède "une profonde impression" qui n'eût jamais existé sans un travail de lecture soutenue dans une langue nouvellement apprise, d'écriture, de réécriture et de recommencement ; constatons également que l'homme ne sait pas ce qu'il va aimer et ce dont il a vitalement besoin avant de se mettre à étudier "une littérature (...) inconnue"] : c'était comme un de ces paysages qu'on voit en rêve, et dans lesquels on n'ose se hasarder à entrer, tant ils vous semblent différents des horizons ordinaires. Ce terrible refrain, que répète sans cesse, à la fiancée qu'il emporte frémissante sur son cheval-spectre, le cavalier funèbre : « Hourra ! - fantôme, les morts vont vite ? » ressemblait si peu aux concetti de Demoustier, aux rimes amoureuses de Parny ou aux élégies du chevalier Bertin, que ce fut toute une révolution qui se fit dans mon esprit quand je commençai de lire la sombre ballade allemande.
Dès le même soir, j'essayai de la mettre en vers ; mais, comme on comprend bien, la tâche était au-dessus de mes forces. J'y brisai les premiers élans de ma pauvre muse, et je commençai ma carrière littéraire comme j'avais commencé ma carrière amoureuse, par une défaite d'autant plus terrible qu'elle était secrète, mais incontestable à mes propres yeux. [Honnêteté là encore : se remettre en cause, ne pas se mentir]
N'importe [Belle expression, et bel esprit qu'elle traduit : apprendre de ses erreurs, apprendre et grandir, savoir que rien n'est acquis, que tout est à faire, et que tout ce qui doit grandir grandira, du moment que je veux grandir], ce n'en étaient pas moins les premiers pas essayés vers l'avenir que Dieu me destinait, pas inexpérimentés et chancelants comme ceux de l'enfant qui commence à marcher, qui trébuche et tombe dès qu'il s'arrache aux lisières de sa nourrice, mais qui, tout en se relevant, endolori de chaque chute, continue d'avancer, poussé par l'espérance, dont la voix lui dit tout bas : “Marche ! marche, enfant ! c'est par la douleur qu'on devient homme [Alexandre, on se calme : ne confonds pas l'effort et la douleur, l'apprentissage de l'humilité que l'étudiant impose à son âme et l'humiliation que subit l'esclave qui n'a rien choisi], c'est par la constance qu'on devient grand !” »
(Alexandre Dumas, Mes Mémoires, Chap. LIX)

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Published by Qadri Jean-Philippe - dans Marcher
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commentaires

pierre 28/11/2007 23:21

"vos efforts actuels vous suivront"Je suis plus tôt d'accord et je dirais même que dans certainnes circonstances ils pourront nous "sauvé la vie".

pierre 28/11/2007 23:15

"Travail, je te remercie !"ça se vois qu'il a pas fais une prepa lui...moi aussi j'en ai une comme ça :"Je sert la science et c'est ma joie"