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  • : PCSI : un autre regard
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  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
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Bertran de Born

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4 septembre 2007 2 04 /09 /septembre /2007 01:48

Un collègue et ami a eu la belle idée d'accueillir ses nouveaux élèves sur son blog par une citation d'Alain. Non seulement je vous engage à la lire, mais à mon tour je me permets de laisser Alain rappeler une des plus belles raisons de faire de la Physique cette année:


« Au premier réveil de la réflexion, un homme libre se jure à lui-même d’aimer le vrai par-dessus tout, c’est-à-dire de ne se rien cacher à lui-même, quand la vérité serait tout à fait déplaisante. Il faut donc voir les autres comme ils sont, et se voir soi-même comme on est, sans aucune parure ni hypocrisie. Fort bien. Mais sait-on bien ce que sont les autres ? Et comment savoir ce que l’on est soi-même ? Tout change sous le regard. (…)





Je dis donc qu’il faut d’abord observer le ciel, où nos passions ne changent rien : c’est par là, et ensuite par la mécanique, la physique, la chimie, que se forme un esprit juste ; et admirez le double sens du mot Juste. C’est par là qu’on apprend à rejeter les passions des autres dans la sphère du mécanisme pur, sans intention, sans pensée, sans méchanceté, et, du même coup, à apaiser ses propres passions. De là on vient à régler les sentiments, au lieu de les observer, et à les régler sur l’ordre extérieur, qui est double ; l’ordre des choses, qui est nécessité ; l’ordre humain, qui doit être, et qui sera par liberté, j’entends si on le veut, qui n’est pas encore, et qui est vrai tout de même. La justice est la vérité de l’échange. »
Alain, Les Propos d'un Normand de 1913,
propos n°2758, 9 octobre 1913, p. 389,

Nous commencerons donc par l'Optique, fruit issu de l'obervation première chère à Alain, celle du ciel ;-)
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Published by Q. - dans Marcher
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22 mai 2007 2 22 /05 /mai /2007 23:26

Étudier une flore, identifier l'organisation (le "faciès") d'un terrain,
chercher des fossiles, regarder des minéraux...
vous apprend à observer le monde réel,
à y déceler des objets, à interpréter des phénomènes...

(Pierre-Gilles de Gennes, Les Objets fragiles)



Triste nouvelle aujourd'hui que celle de l'annonce du décès de Pierre-Gilles de Gennes.
Que cela soit l'occasion de nous rappeler l'ampleur des domaines de recherche qui étaient les siens et la diversité de leurs applications.


Article Wikipedia.
Carte blanche de P.-G de Gennes à Futura-sciences.


« Avec la mort de Pierre-Gilles de Gennes, c'est un physicien hors normes qui disparaît. Un génial touche-à-tout. Un homme d'idées et de convictions. Toujours en campagne, jamais au repos. Ne disait-il pas : "Le vrai point d'honneur n'est pas d'être toujours dans le vrai. Il est d'oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. Il est aussi bien sûr, ajoutait-il, de savoir reconnaître publiquement ses erreurs (…) L'honneur du scientifique est absolument à l'opposé de l'honneur de Don Diègue. Quand on a commis une erreur, il faut accepter de perdre la face."

S'ouvrir, respirer. Ne pas voir la science "d'en haut" comme une vaste tapisserie mais la voir "d'en bas", au niveau du petit point. Tel était le credo de cet agrégé de physique, docteur ès sciences et spécialiste de la physique des milieux condensés que l'Académie des sciences de Suède, en 1991, n'hésite pas à qualifier d'"Isaac Newton de notre temps" lorsqu'elle lui décerne le prix Nobel de physique.

Des louanges qu'il refuse, estimant, non sans humour, que ces propos ne sont que l'"expression du lyrisme nordique des académiciens suédois". "Newton avait une stature, rappelle-t-il alors. Très au-dessus de celle des chercheurs d'aujourd'hui. A dix-huit ans, il avait inventé le télescope. A vingt ans compris l'optique interférentielle et, quelques années plus tard, la gravitation et le mouvement des planètes."

Certes. Mais, qu'il l'ait voulu ou non, Pierre-Gilles de Gennes était bien de cette eau-là. "C'est un physicien qui sait autre chose, disait de lui Pierre Papon, qui enseigna à l'Ecole de physique et chimie industrielles de la Ville de Paris, dont Pierre-Gilles de Gennes était devenu le directeur en 1976. Il sait la chimie. Il sait de la biologie et je connais peu de scientifiques qui aient une culture aussi large qui ne soit pas un vernis." Un commentaire que le professeur au Collège de France – il y est entré en 1971 –, aussi académicien – la dame du quai Conti l'a accueilli dans ses rangs en 1979 –, tentait de tempérer. "Un folklore ancien, rappelait-il, voudrait nous faire croire que les métiers de la recherche s'adresseraient à une population très étroite, très douée mathématiquement, et à un type psychologique unique. Rien n'est plus faux. (…) La science moderne n'est pas la propriété des enfants prodiges." D'ailleurs, "quand j'ai commencé à travailler dans les laboratoires, je n'ai rien sorti d'original, ni de personnel. Il m'a fallu attendre".

Mais quel parcours ! Avec lui, la science revient à une échelle plus humaine. "Grâce à lui, dira Daniel Thoulouze, directeur du département Mathématiques et physique de base du CNRS au moment de l'attribution du Nobel, on a redécouvert, ces vingt dernières années, que la physique est une science naturelle." De fait, l'homme ne joue pas les mandarins. Il sait parfaitement, disent ses collaborateurs, capter l'attention de son public, averti ou non, avec des phrases simples, des phénomènes triviaux – la flaque d'eau qui se divise en plusieurs îlots sur une feuille de plastique, la fabrication de l'encre de Chine, les bottes de caoutchouc des Indiens d'Amazonie – qui tous sont le fruit de la physique la plus complexe.

"L'ANTITHÈSE DU PÉDANT"

Nous étions ignorants et Pierre-Gilles de Gennes fait de nous des physiciens, des chimistes, et, pourrait-on presque croire, des théoriciens. Il vous prend à témoin, vous fait membre de son équipe. Yeux bleus, pétillants, tout prêts à rire, la mèche romantique rythmant ses allers et venues de grand étudiant dans une veste un peu vague, un foulard autour du cou, il trace trois gribouillis au tableau, son éternel cigarillo au bec. Le charme agit et on se transcende. Du moins le pense-t-on.

"Ce qu'il y a de formidable avec lui, disait sa femme qui, au début des années 1990, tenait, à deux pas de la faculté d'Orsay, Le Boudin sauvage, un restaurant rendez-vous des gastronomes et des chercheurs, c'est que lorsqu'il vous explique quelque chose, même dans un domaine auquel vous n'entendez rien, vous finissez par vous sentir intelligent." "J'ai connu pas mal de Prix Nobel, renchérit Etienne Guyon, qui fut son premier élève. C'était l'un des tout grands, doué du talent de tout rendre simple. L'antithèse du pédant." Par une sorte d'"effet de Gennes", il fascine et séduit. Jusqu'au chroniqueur du Monde, Pierre Georges, qui lui aussi succombe et écrit : "Cet homme (…) n'est pas que savoir hors du commun. Il est scientifique de charme, espèce rare qui ne tient ni de Nimbus, ni de l'étudiant attardé. Il est un homme dont immédiatement on souhaiterait être l'ami ou le disciple pour simplement avoir ce privilège rare de devenir un instant intelligent."

De ce charme-là, il a su user pour réunir autour de lui de brillants collaborateurs et les emmener sur des chemins de traverse où ils furent moins "des prophètes" que des "explorateurs souvent hésitants et fatigués". De fait, le chemin de Pierre-Gilles de Gennes fut assez sinueux. Et, le plus souvent, hors des sentiers battus.

Né à Paris en 1932, il passe son enfance à Barcelonnette, dans les Alpes-de-Haute-Provence, où sa mère l'éduque elle-même – son père meurt quand il a neuf ans – jusqu'à la classe de cinquième. Avant de le retirer du lycée à la fin de la troisième, en l'engageant à parfaire sa "culture générale" dans les allées du Louvre. A vingt-trois ans, à la fin des années 1950, alors qu'il vient de sortir de l'Ecole normale supérieure, il étudie à Saclay le magnétisme dans les laboratoires du Commissariat à l'énergie atomique. Sujet qu'il délaisse rapidement pour le "monde tout à fait extraordinaire des supraconducteurs", avant de s'engager dans l'étude des cristaux liquides, "cette phase cristalline sensible de la nature" observée depuis une centaine d'années.

On est en 1968. Les étudiants sont dans la rue et Pierre-Gilles de Gennes dans son laboratoire. En quelques mois, raconte-t-il, "nous avons eu la chance de pouvoir monter (…) six ou sept équipes à Orsay qui, chacune dans leur domaine, ont accepté de travailler ensemble sur les cristaux liquides". Résultat : deux ans plus tard, la France "avait un rôle de leader dans ce domaine (…). Moi, dans l'histoire, j'étais une espèce de mouche du coche".

Une contribution qui lui vaut de devenir le dixième physicien français couronné par un Nobel. Un honneur rare et un petit regret. "En 1970, raconte-t-il, nous n'étions pas tous éduqués à penser applications, à nous préoccuper de l'industrialisation des procédés, et force est de reconnaître que nous avons fait preuve d'une très grande naïveté dans la protection des inventions." Adieu donc les royalties des écrans à cristaux liquides tellement en vogue encore aujourd'hui.

Cette mésaventure économique est bien vite oubliée. La vie est ailleurs. Dans l'exploration et peut-être la conquête de nouveaux domaines. Car Pierre-Gilles de Gennes est de ceux qui aiment changer et tout reprendre au début, ce qu'il fait dans les années 1980 et 1990. Tel secteur est en friche, il s'y enfonce. Ainsi pour la matière molle, cet état intermédiaire entre solide et liquide qui touche autant au problème des colles qu'à celui des bulles de savon, des colloïdes et de la vulcanisation. Un sacré défi qui, une fois encore, lui permet de se frotter aux aléas de l'expérimentation pour décortiquer la complexité de phénomènes en apparence banals. A soixante-dix ans, il n'hésite pas à repartir une nouvelle fois de zéro, en rejoignant l'Institut Curie où il se forme à un domaine entièrement nouveau pour lui, la biologie. Il s'y intéresse, tout spécialement, à l'odorat et à la mémoire.

Passionnant et passionné, curieux de tout, jamais repu, Pierre-Gilles de Gennes croquait la vie à belles dents. Sportif, il aimait grimper dans les Alpes ou descendre les rivières en kayak, avant que sa santé ne le conduise vers des activités plus paisibles, randonnée et planche à voile. Epris depuis toujours de peinture et de dessin, il partageait son temps, ces derniers mois, entre articles scientifiques et carnets de croquis, ses derniers grands plaisirs.» (Jean-François Augereau et Pierre le Hir, lemonde.fr)


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29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 23:26
L’ISITV c’est une école d’ingénieur un peu spéciale ; on a d’abord ramé pour prendre le rythme puis on s’y fait très vite…






Je suis en 1ère année à l’ISITV dans la spécialité ingénierie marine. C’est pour quoi faire? Travailler dans l’océanographie, le domaine du génie côtier et encore l’offshore.

Il y a 3 autres spécialités: maths, télécommunication et matériaux.

La sélection est plus dure en marine.

Nous sommes environ 100 1ère année dont 20 en marine. L’école est une jeune école dont la réputation commence à être très répandue.

  Le contraste entre la prépa et l’école d’ingénieur est énorme. Tout d’abord les horaires de cours : 8h30-17h00 (sauf le jeudi où on a l’après-midi de libre).
Nous n’avons que 10h de cours, les autres heures sont des TD et des TP où l’on assimile totalement les cours.
Les vacances sont de vraies vacances et les week-ends de vrais week-ends.



[Une étudiant qui sourit...elle aussi !! ]
Le cadre est magnifique, on peut pratiquer toutes sortes de sports grâce au SUAPS de l’université comme par exemple la plongée, la voile, l’escalade, la boxe, le karaté, le yoga, la danse, le foot, le rugby …

Il y a aussi de nombreuses associations comme l’isithéatre, le BDE (bureau des élèves : organise les soirées dans le foyer, le gala, le week-end d‘intégration…) , le BDS (bureau des sports: organisent des tournois de sports, de belote, de caps…ainsi que des sorties sportives ou pas)…

Il y a même des cours de rock et de salsa entre midi et 2 heures dans les salles de classe.

Enfin l’ISITV c’est une école pleine de vie, où tout le monde vous accueillera les bras ouverts !!! [vous l'aurez compris, Alexandra est une jeune fille pleine de vie]
N’hésitez pas à aller sur le site.






Gala d'ISITV
La jeune fille qui se tient au chaud juste sous
le radiant infra-rouge, c'est Alex ! ;-)


La Morale ? Ben, oui il y en a une : Honnêtement, la prépa c’est très dur, beaucoup de sacrifices…Nos amis sont en fac, en IUT ou autre, ils nous mettent le moral à zéro. Mais si c’était à refaire sachant ce qu’il y a à la clef, je le referai. Vous vous direz bientôt la même chose.
Non, vous ne travaillez pas pour rien ! Vous travaillez tout d’abord pour vos rêves.
Je vous assure, qu’on en sort plus fort et fier de nos efforts.
Comme vous, j’ai eu la chance d’être dans une petite prépa, où les gens sont à l’écoute, où les profs ne rabaissent pas sans arrêt les élèves mais les encouragent et les aident dans ce passage où l’on se sent tous un peu fragile. Je les remercie d’ailleurs encore par cette occasion. [croyez-le ou non, on n'a rien demandé, mais ça fait du bien :-)]


Mlle Alexandra CHARRIERE - promo ISITV 2006
(ancienne élève du lycée Jay de Beaufort, prépa à BdB 2005-2006)

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29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 11:37
Puisqu'on parlait de Saturne : le 2 février, un peu avant minuit, en Europe Saturne sera à une quinzaine de minutes d'arc de la Lune presque pleine.
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25 janvier 2007 4 25 /01 /janvier /2007 16:07
Je faisais des recherches sur Saturne (... que voulez-vous, 15 jours après, je garde encore en têtes les magnifiques images de la conférence de M. Brahic), et je suis tombé sur la photo du vortex (ou du cyclone, on ne sait pas très bien) qui fait rage au pôle sud de la planète géante :


Photo PIA08333 prise par la sonde Cassini Orbiter
pour différentes longueurs d'onde, révélant ainsi que la tempête
a une profondeur de plusieurs dizaines de kilomètres (!)
spectre observé de gauche à droite, :
3 photos supérieures : 460 nm, 752 nm, 728 nm
3 photos inférieurs : 890 nm, 2 800 nm, 5 000 nm
cf. Séquence animée en ligne. (source : Nasa)

Or, vous l'aurez peut-être remarqué, mais Proust évoque la planète géante dans le texte que vous êtes en train d'étudier.
C'est
l'oeil au monocle de M. de saint-Candé qui conduit Proust à mentionner le gigantesque anneau de Saturne... car à l'époque, on n'en connaissait qu'un (la résolution des instruments n'avait pas permis de distinguer les multiples anneaux de la planète) :
« [Le monocle de] M. de Saint-Candé, entouré d’un gigantesque anneau, comme Saturne, était le centre de gravité d’une figure qui s’ordonnait à tout moment par rapport à lui, dont le nez frémissant et rouge et la bouche lippue et sarcastique tâchaient par leurs grimaces d’être à la hauteur des feux roulants d’esprit dont étincelait le disque de verre, et se voyait préférer aux plus beaux regards du monde par des jeunes femmes snobs et dépravées qu’il faisait rêver de charmes artificiels et d’un raffinement de volupté (...)»
Marcel Proust, Un amour de Swann, 5810-5819, p. 207.
 


Saturne et 4 de ses satellites : Tethys, Dioné, Rhéa
et Mimas (petit point noir sur saturne)



l'oeil du vortex de Saturne

 

24, 26 et 28 janvier 2005 : le télescope spatial Hubble prend
3 photos d'une aurore sur Saturne


Complément : superbe image du détail des anneaux de Saturne.

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24 janvier 2007 3 24 /01 /janvier /2007 07:11
Tout est dans le titre : quand histoire et sciences s'en vont à la capitale, après l'exposition de l'année 2005-2006 sur Périgueux.





(cliquer sur l'image pour agrandir)
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23 janvier 2007 2 23 /01 /janvier /2007 18:32
Comme promis, bien que j'ai dû retarder ma promesse pour attendre que vous ayez commencé d'étudier Un Amour de Swann, voici le texte numérisé avec la numérotation complète des lignes de l'édition officielle.
En espérant que cela sera utile au plus grand nombre. Pensez à transmettre l'info au Math Spé.
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22 janvier 2007 1 22 /01 /janvier /2007 20:25
Projection du film de David Guggenheim
présenté par
Al Gore
«
Une vérité qui dérange »
Mercredi 24 janvier 18h30
Chapelle de Bertran de Born





Sujet :
Présenté au Festival du film de Sundance et au Festival de Cannes de 2006, ce film montre les effets dramatiques du réchauffement climatique sur la planète Terre

Pour aller plus loin :
cf Climat : comment éviter la surchauffe ? (le Dossier de Pour la Science de janvier-mars 2007 ;article introductif sur BiblioTIPE)



.
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21 janvier 2007 7 21 /01 /janvier /2007 10:56
« Swann, lui, ne cherchait pas à trouver jolies les femmes avec qui il passait son temps, mais à passer son temps avec les femmes qu'il avait d'abord trouvées jolies. Et c'était souvent des femmes de beauté assez vulgaire, car les qualités physiques qu'il recherchait sans s'en rendre compte étaient en complète opposition avec celles qui lui rendaient admirables les femmes sculptées ou peintes par les maîtres qu'il préférait. La profondeur, la mélancolie de l'expression, glaçaient ses sens que suffisait au contraire à éveiller une chair saine, plantureuse et rose. »
Marcel Proust, Un amour de Swann, 175-182, p. 54.
 
« Une seconde visite qu'il lui fit eut plus d'importance peut-être. En se rendant chez elle ce jour-là comme chaque fois qu'il devait la voir d'avance, il se la représentait; et la nécessité où il était pour trouver jolie sa figure de limiter aux seules pommettes roses et fraîches, les joues qu'elle [89] avait si souvent jaunes, languissantes, parfois piquées de petits points rouges, l'affligeait comme une preuve que l'idéal est inaccessible et le bonheur médiocre. Il lui <1450> apportait une gravure qu'elle désirait voir. Elle était un peu souffrante; elle le reçut en peignoir de crêpe de Chine mauve, ramenant sur sa poitrine, comme un manteau, une étoffe richement brodée. Debout à côté de lui, laissant couler le long de ses joues ses cheveux qu'elle avait dénoués, fléchissant une jambe dans une attitude légèrement dansante pour pouvoir se pencher sans fatigue vers la gravure qu'elle regardait, en inclinant la tête, de ses grands yeux, si fatigués et maussades quand elle ne s'animait pas, elle frappa Swann par sa ressemblance avec cette figure de <1460> Zéphora, la fille de Jéthro, qu'on voit dans une fresque de la chapelle Sixtine.
Swann avait toujours eu ce goût particulier d'aimer à retrouver dans la peinture des maîtres non pas seulement les caractères généraux de la réalité qui nous entoure, mais ce qui semble au contraire le moins susceptible de généralité, les traits individuels des visages que nous connaissons
: ainsi, dans la matière d'un buste du doge Loredan par Antoine Rizzo, la saillie des pommettes, l'obliquité des sourcils, enfin la ressemblance criante de son cocher Rémi;


[Voici un buste de Leonardo Lorédan, doge de venise de 1501 à 1521,
mais certainement pas de la main de Rizzo
puisque Antonio Rizzo (1430-c.1599), qui avait fui Venise en 1498, est mort en 1500...
Alors, invention ou confusion de la part de Proust ?]
 
sous les couleurs d'un Ghirlandajo, <1470> le nez de M. de Palancy;


[Portrait d'un vieillard avec un enfant,
Ghirlandaio (1449-1494), Louvre]

dans un portrait de Tintoret, [90] l'envahissement du gras de la joue par l'implantation des premiers poils des favoris, la cassure du nez, la pénétration du regard, la congestion des paupières du docteur du Boulbon.


[Autoportrait, Tintoret (1518-1594),
Philadelphie,
Philadelphia Museum of Art.]

Peut-être ayant toujours gardé un remords d'avoir borné sa vie aux relations mondaines, à la conversation, croyait-il trouver une sorte d'indulgent pardon à lui accordé par les grands artistes, dans ce fait qu'ils avaient eux aussi considéré avec plaisir, fait entrer dans leur oeuvre, de tels visages qui donnent à celle-ci un singulier <1480> certificat de réalité et de vie, une saveur moderne ; peut-être aussi s'était-il tellement laissé gagner par la frivolité des gens du monde qu'il éprouvait le besoin de trouver dans une oeuvre ancienne ces allusions anticipées et rajeunissantes à des noms propres d'aujourd'hui. Peut-être au contraire avait-il gardé suffisamment une nature d'artiste pour que ces caractéristiques individuelles lui causassent du plaisir en prenant une signification plus générale, dès qu'il les apercevait déracinées, délivrées, dans la ressemblance d'un portrait plus ancien avec un original qu'il ne <1490> représentait pas. Quoi qu'il en soit et peut-être parce que la plénitude d'impressions qu'il avait depuis quelque temps et bien qu'elle lui fût venue plutôt avec l'amour de la musique, avait enrichi même son goût pour la peinture, le plaisir fut plus profond et devait exercer sur Swann une influence durable, qu'il trouva à ce moment-là dans la ressemblance d'Odette avec la Zéphora de ce Sandro di Mariano auquel on ne donne plus volontiers son surnom populaire de Botticelli depuis que celui-ci évoque au lieu de l'oeuvre véritable du peintre l'idée banale et fausse qui <1500> s'en est vulgarisée.


[Botticelli (1445-1510), Les Epreuves de Moïse, Chapelle Sixtine]

Il n'estima plus le visage d'Odette selon la plus ou moins bonne qualité de ses joues et [91] d'après la douceur purement carnée qu'il supposait devoir leur trouver en les touchant avec ses lèvres si jamais il osait l'embrasser, mais comme un écheveau de lignes subtiles et belles que ses regards dévidèrent, poursuivant la courbe de leur enroulement, rejoignant la cadence de la nuque à l'effusion des cheveux et à la flexion des paupières, comme en un portrait d'elle en lequel son type devenait intelligible et clair. <1510> Il la regardait; un fragment de la fresque apparaissait dans son visage et dans son corps, que dès lors il chercha toujours à y retrouver soit qu'il fût auprès d'Odette, soit qu'il pensât seulement à elle, et bien qu'il ne tînt sans doute au chef-d'oeuvre florentin que parce qu'il le retrouvait en elle, pourtant cette ressemblance lui conférait à elle aussi une beauté, la rendait plus précieuse. Swann (...) oubliait qu'Odette n'était pas plus pour cela une femme selon son désir, puisque précisément son désir avait toujours été orienté dans un sens opposé à ses goûts esthétiques. Le mot d'«oeuvre florentine» rendit un grand service à Swann. Il lui permit, comme un titre, de faire pénétrer l'image d'Odette dans un monde de rêves, où elle n'avait pas eu accès jusqu'ici et <1530> où elle s'imprégna de noblesse. Et tandis que la vue purement charnelle qu'il avait eue de cette femme, en renouvelant perpétuellement ses doutes sur la qualité de son visage, de son corps, de toute sa beauté, affaiblissait son amour, ces doutes furent détruits, cet amour assuré quand il eut à la place pour base les données d'une esthétique certaine; sans compter que le baiser et la possession qui semblaient naturels et médiocres s'ils lui étaient accordés par une chair abîmée, venant couronner l'adoration d'une pièce de musée, lui <1540> parurent devoir être surnaturels et délicieux. Et quand il était tenté de regretter que depuis des mois il ne fît plus que voir Odette, il se disait qu'il était raisonnable [92] de donner beaucoup de son temps à un chef-d'oeuvre inestimable, coulé pour une fois dans une matière différente et particulièrement savoureuse, en un exemplaire rarissime qu'il contemplait tantôt avec l'humilité, la spiritualité et le désintéressement d'un artiste, tantôt avec l'orgueil, l'égoïsme et la sensualité d'un collectionneur. Il plaça sur sa table de travail, comme une photographie <1550> d'Odette, une reproduction de la fille de Jéthro. Il admirait les grands yeux, le délicat visage qui laissait deviner la peau imparfaite, les boucles merveilleuses des cheveux le long des joues fatiguées, et adaptant ce qu'il trouvait beau jusque-là d'une façon esthétique à l'idée d'une femme vivante, il le transformait en mérites physiques qu'il se félicitait de trouver réunis dans un être qu'il pourrait posséder. Cette vague sympathie qui nous porte vers un chef-d'oeuvre que nous regardons, maintenant qu'il connaissait l'original charnel de la fille de Jéthro, elle devenait un <1560> désir qui suppléa désormais à celui que le corps d'Odette ne lui avait pas d'abord inspiré. Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu'il trouvait plus beau encore et approchant de lui la photographie de Zéphora [notre la fusion des deux expressions précédentes pour traduire la superposition de la figure de Zéphora sur celle d'Odette et inversement], il croyait serrer Odette contre son coeur . »
Marcel Proust, Un amour de Swann, 1442-1565, p. 88-92.
 

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17 janvier 2007 3 17 /01 /janvier /2007 15:03
 Suite à la visite d'André Brahic, le 11 janvier dernier, voici quelques photos et commentaires qui devraient vous rappeler des souvenirs.




le satellite Encelade éclairé par la lumière réfléchie par Saturne
et ses anneaux (
Photo PIA08337,
sonde cassini Orbiter, Source : Nasa)



la fontaine d'Encelade en fausses couleurs
(pour mettre en évidence les faibles signaux noyés dans
ceux de Saturne et des anneaux)
Photo PIA07759



«A dix mètres sous la surface glacée d'Encelade, il y a de l'eau ! C'est la conclusion à laquelle aboutit l'équipe d'imagerie de la sonde Cassini, qui a fourni, en juillet dernier, les premiers clichés rapprochés de cette petite lune de Saturne. Dans un article paru dans la revue Science du 10 mars 2006, les scientifiques associés à la mission confirment en effet qu'il y a bien des geysers d'eau qui jaillissent régulièrement du pôle sud d'Encelade. Mieux, ils avancent que la source de ces geysers n'est pas un océan global situé sous la croûte glacée du satellite mais des poches d'eau liquide prisonnières à seulement quelques mètres de la surface. De plus, ces réservoirs se cantonneraient à la région polaire sud, la seule à faire preuve d'une intense activité géologique.

Photo PIA09037 prise par le spectromètre infrarouge de la sonde Cassini Orbiter (source : Nasa)

En s'échappant dans l'espace par des failles, cette eau projette à des centaines de kilomètre des particules de glace et de roche qu'elle arrache sur son passage. Ces éjections permanentes de matériau seraient à l'origine de l'anneau E, très ténu autour de Saturne, dont la densité est maximale au niveau de l'orbite d'Encelade.

Reste à comprendre comment un corps de seulement 500 km de diamètre est capable de produire assez de chaleur pour posséder de l'eau liquide. Bien que l'action de forces de marées dues à Saturne et à d'autres satellites soit impliquée, les scientifiques ne parviennent toujours pas à trouver le mécanisme exact qui est en jeu.

La sonde Cassini ne repassera près d'Encelade (à environ 350 km) qu'au printemps 2008.»
Philippe Henarejos, site Ciel & Espace


Photo PIA08280 prise par la sonde cassini Orbiter (Source : Nasa)
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