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  • : PCSI : un autre regard
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  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
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Bertran de Born

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9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 19:55
Je rappelle qu'à la bonne initiative d'un collègue professeur de physique, une rencontre avec deux scientifiques est organisée mardi prochain à l’attention des élèves du collège et de seconde de la Cité scolaire Bertran de Born de Périgueux.

Bon, il y a longtemps que vous n'êtes plus en seconde, mais peut-être aurez-vous la possibilité d'en parler autour de vous, à quelques personnes intéressées, peut-être à des proches, un petit frère ou une petite soeur (car, comme on peut le constater, le parcours est loin d'être réservé à la gent masculine) :

Café Sciences, Techniques et Mixité

« Osez les filières scientifiques »
Mardi 14 novembre
10h à la Chapelle

Intervenants :

Christine DUCOURANT,
Astronome adjoint à l’Observatoire Aquitain des Sciences de l’Univers de Floirac, Université Bordeaux I
« Percer les secrets des étoiles, un métier passionnant et sans limites »

« Originaire du Médoc, j’ai fait mes études dans un lycée de Bordeaux à la fac de sciences, où j’ai préparé une maîtrise de physique avec option astronomie. Les nuits d’été passées en famille allongés dans les prés à regarder le ciel furent sans doute à l’origine de cette orientation. Après ma thèse, j’ai passé 2 ans avec des équipes de recherche allemandes, puis j’ai eu un poste d’astronome adjoint à l’Observatoire de Floirac, en 1991. J’y étudie les étoiles : comment se déplacent-elles ? A quelle distance sont-elles ? Au retour du Chili, où je passe 2 ou 3 nuits à les observer, je travaille plusieurs mois sur les résultats, qui sont ensuite publiés dans des revues spécialisées. Animer les visites, donner des conférences au grand public, enseigner les maths à l’Université sont d’autres facettes de ce métier qui me passionne et me confronte aux limites de mon savoir. »

Michel BENOIT,
Ingénieur chez BOSCH

« Au-delà du diplôme, être ingénieur aujourd’hui, c’est croire et s’engager dans la vie. »

A 14 ans, j’étais loin d’imaginer que j’allais devenir ingénieur. Passionné de courses automobiles et de mécanique, j’ai débuté comme mécanicien chez Honda après avoir obtenu un CAP. Mais à 20 ans une lourde opération du cœur m’a contraint d’arrêter ce métier physique. Encouragé par une conseillère d’orientation, j’ai repris mes études et fait un BTS pour devenir dessinateur industriel et travailler dans une société d’automatique. Puis j’ai décidé de continuer : j’ai passé un diplôme d’ingénieur au CNAM et aujourd’hui je travaille chez Bosch, dans le département « Techniques d’automation ». On y crée des robots pour l’électroménager, les automobiles. La robotique m’a toujours fasciné, ainsi que l’intelligence artificielle, qui cherche à rendre les robots plus performants. »
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8 novembre 2006 3 08 /11 /novembre /2006 11:00

Dans la série des prix Nobels 2006, celui de chimie :

 « Le prix Nobel de chimie met (...) sous les feux de la rampe l'un des acteurs de l'expression des gènes : l'appareillage qui transcrit l'ADN en un ARN. Roger Kornberg, de l'université de Standford, a été le premier à élucider la structure des multiples molécules qui participent à cette transcription chez les organismes eucaryotes (dont les cellules ont un seul noyau), mais aussi à en comprendre le fonctionnement à l'échelle moléculaire. La molécule essentielle à la transcription est une enzyme, une ARN polymérase, qui ne remplit son rôle qu'accompagnée de nombreux facteurs de transcription et autres molécules. Chacun de ces acteurs connus, restait à savoir comment ils coopèrent. R. Kornberg a multiplié les structures cristallines (mises au jour par l'étude de la diffraction des rayons X) qui sont autant d'instantanés de la mise en place du complexe de transcription. A partir de ces images, il a reconstitué le film du phénomène. Son nom a rejoint la liste des familles où père et fils ont été récompensés (Bragg, Bohr, Thomson, etc.), Arthur Kornberg ayant été honoré en 1959 pour ses travaux sur... l'ADN! »
L.M., Pour la Science, n°349, Novembre 2006.


Petits compléments :

 « L'Américain Roger Kornberg est récompensé pour ses travaux sur les bases moléculaires de la transcription génétique.
 
LA TRANSCRIPTION de l'information génétique contenue dans les chromosomes vers le reste de la cellule est l'une des étapes clés de la vie. Que ce mécanisme s'interrompe, comme c'est le cas sous l'effet de toxines secrétées par certains champignons, et l'ensemble de la machinerie cellulaire se grippe. L'organisme, incapable de renouveler sa propre substance - autrement dit ses protéines - dépérit et meurt en quelques jours. C'est pour avoir dévoilé, il y a seulement cinq ans, les mécanismes intimes de ce processus biochimique vital au sens propre du terme que l'Académie royale des sciences de Suède a décerné, hier midi, le prix Nobel de Chimie 2006 à l'Américain Roger Kornberg.
 
Âgé de 59 ans, ce professeur de médecine à l'université de Stanford (Californie) est, en effet, «le premier à avoir créé une véritable image montrant la transcription génétique à l'oeuvre chez les eucaryotes (1) [(1) Organismes mono ou pluricellulaires dont le noyau est délimité par une membrane, à la différence des bactéries (procaryotes) dont le seul chromosome baigne dans la cellule] » précise le comité Nobel dans son communiqué. Sur cette image, prise aux rayons X, on « voit » nettement l'ensemble des molécules impliquées : la double hélice d'ADN porteuse de l'information génétique, le brin d'ARN messager qui véhicule celle-ci vers les « usines » à protéines de la cellule et enfin, l'ARN polymérase, une énorme enzyme en forme de pelote de fil emmêlé qui sert de médium en assurant la transcription, le passage de relais entre les deux.  

A priori rien de bien nouveau, l'existence de ces trois composés étant connue depuis des dizaines d'années. Sauf que, selon le comité Nobel, Roger Kornberg est parvenu à stopper le processus, « de façon ingénieuse » en ôtant de la solution expérimentale les « briques » chimiques indispensables à sa poursuite. A savoir les fameuses bases A, T, C et G dont l'ordonnancement sur les molécules d'ADN, puis d'ARN, détermine le code génétique qui sera ensuite « lu » par la cellule pour synthétiser les protéines correspondantes. Résultat : l'ARN messager, l'ADN et l'ARN polymérase apparaissent figés en pleine action. Un peu comme lorsqu'on appuie sur le bouton « pause » d'un magnétoscope pour analyser en détail le geste d'un sportif. Une précision d'horlogerKornberg a ainsi pu montrer que l'ARN polymérase forme une minuscule cavité dans laquelle ne peut se nicher que la base qui s'apparie avec celle située à ce moment-là sur le brin d'ADN. Autrement dit un « A » pour un « T », ou un « C » pour un « G » et réciproquement dans les deux cas. La molécule d'ARN se forme ainsi de proche en proche en reproduisant de manière inversée la séquence de l'ADN qui a servi de modèle. Le tout avec une précision d'horloger : moins d'une erreur de transcription sur dix mille ! Au delà, des pathologies graves apparaissent : cancers, troubles cardiaques ou maladies inflammatoires.« C'est splendide ! Ce Nobel récompense des années d'effort et de travail acharné pour parvenir à purifier ces molécules issues de levures, à les cristalliser et à obtenir au final cette fabuleuse image » se réjouit Jean-Marc Egly, directeur de recherche Inserm à l'Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) de Strasbourg.
 
Très ému en apprenant sa nomination Roger Kornberg a aussitôt rendu hommage « aux plus de 50 collaborateurs qui ont participé à ces travaux » ainsi qu'à son père, Arthur, décoré du Nobel de Médecine en 1959 pour des travaux sur l'ADN. »
Marc Messnier, « Le Nobel de chimie pour une photo de la vie »,
Le Figaro, 5 Octobre 2006.

 
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7 novembre 2006 2 07 /11 /novembre /2006 10:56
« La cosmologie est à l'honneur. Georges Smoot, de l'Université de Californie à Berkeley, et John Mather, du Centre Goddard de la NASA , se partagent le prix de physique pour leurs travaux sur le rayonnement de fond cosmologique, qui ont conforté la théorie du Big Bang ["Pour leur découverte de la nature de corps noir du fond diffus cosmologique et de ses anisotropies"]
 
[John Mather    et   George Smoot] 
 
Ce rayonnement micro-onde qui baigne l’Univers dans toutes les directions a été émis 300 000 ans après le Big Bang, lorsque les électrons se sont liés aux noyaux atomiques, laissant jaillir les photons. C’est la plus ancienne image possible de l’Univers. 

G. Smoot et J. Mather ont, pour l’étudier, mis sur pied la mission spatiale COBE en 1989. 

Les premiers résultats ont révélés que, conformément au scénario du Big Bang, ce rayonnement a un spectre de corps noir d’une température de 2,7 kelvins. Il a été émis alors que la température de l’Univers avoisinait 3 000 degrés, mais il s’est refroidi depuis sous l’effet de l’expansion consmique. 

 

COBE a ensuite dressé la carte du fond cosmologique et mis en évidence, en 1992, des variations de température de l’ordre d’un cent millième de degré.

Ces anisotropies, également prédites par la théorie, correspondent aux fluctuations de densité dans le plasma primordial. Accentués par la gravité, elles sont conduit à la formation des galaxies et des grandes structures de l’Univers actuel. 

En plus de renforcer la théorie du Big Bang, ces découvertes ont hissé la cosmologie au rang de science expérimentale. L’étude du fond cosmologique se poursuit, avec, depuis 2001, le satellite WMAP, et, d’ici fin 2007, son successeur Planck. »

Ph. R.-G., Pour la Science, n°349, Novembre 2006.
 
Des compléments sur le site de Futura.
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23 octobre 2006 1 23 /10 /octobre /2006 11:00


Parce que l'arc qui illustre la bannière de ce bloc [en tout petit, en haut à gauche, sous la lune] est réapparu aujourd'hui, m'a-t-on dit, du côté de Blois [remarquez la présence de l'arc secondaire dont les couleurs apparaissent en ordre inverse de l'arc primaire] et qu'aujourd'hui est un beau jour pour construire des ponts colorés entre les terres de la raison et de l'imagination :
 « Gangleri demanda alors : « Quel est le chemin qui mène de la terre au ciel ? »
Le Très-Haut lui répondit en riant : « Voilà une question qui ne témoigne pas d'une grande science ! Ne t'a-t-il donc pas été dit que les dieux firent un pont de la terre au ciel, et qu'il s'appelle Bifrost ? Tu as dû le voir, mais il est probable que tu l'appelles “arc-en-ciel”. Ce pont, qui a trois couleurs, est très solide : il a été fait avec plus d'art et de talent que les autres ouvrages. Mais, tout solide qu'il est, il s'effondrera quand les fils de Muspell arriveront à cheval et l'emprunteront. Leurs chevaux devront alors traverser à la nage de grands fleuves, et ainsi pourront-ils poursuivre leur route. »
Gangleri déclara alors : « Il me semble que ce ne fut pas de bonne foi que les dieux construisirent ce pont, puisqu'il s'effondrera alors qu'ils possèdent le pouvoir de faire toute chose comme ils l'entendent. »
Le Très-Haut répondit : « Les dieux ne méritent pas de reproches pour cet ouvrage. Bifrost est un excellent pont, mais il n'est aucune chose en ce monde qui se révélera sûre quand les fils de Muspell partiront en guerre. »
»
Snorri Sturluson, L'Edda, trad. par F.-X. Dillmann,
Paris, Gallimard, 1991, p. 42 (L'aube des peuples)


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11 octobre 2006 3 11 /10 /octobre /2006 00:38
Pour en avoir déjà parlé en colle et pas plus tard qu'hier (j'espère que les concernés s'en souviennent ;-)), rappelons une des règles de Descartes qui sera de la plus grande importance pour nous permettre d'améliorer nos habitudes de travail :
« Règle XIII
 
Quand nous comprenons parfaitement une ques­tion, il faut la dégager de toute conception super­flue, la réduire au plus simple, la subdiviser le plus possible au moyen de l’énumération.

Voici le seul point dans lequel nous imitions les dialecticiens, c’est que, comme, pour apprendre les formes des syllogismes, ils supposent que les termes ou la matière en est connue, de même nous exigeons au préalable que la ques­tion soit parfaitement comprise. Mais nous ne distinguons pas comme eux deux extrêmes et un moyen : nous considérons la chose tout entière de cette façon. D’abord, dans toute question il est nécessaire qu’il y ait quelque chose d’inconnu, sans quoi il n’y aurait pas de question. Seconde­ment, ce quelque chose doit être désigné d’une ma­nière quelconque, autrement il n’y aurait pas de raison pour chercher telle chose plutôt que telle autre. Troisièmement, il ne peut être désigné que par quelque chose qui soit connu. Tout cela se trouve dans les questions même imparfaites. Ainsi quand on demande quelle est la nature de l’aimant, ce qu’on entend par ces deux mots ai­mant et nature est connu, c’est ce qui nous déter­mine à chercher cela plutôt qu’autre chose. Mais, de plus, pour que la question soit parfaite, nous voulons qu’elle soit entièrement déterminée, telle­ment qu’on ne cherche rien de plus que ce qui peut se déduire des données : par exemple, si l’on me demande ce qu’il faut inférer sur la nature de l’aimant, précisément des expériences que Gil­bert dit avoir faites, qu’elles soient vraies ou fausses ; ou encore, si on me demande ce que je pense sur la nature du son, précisément de ce que les trois cordes a, b, c rendent un son égal ; b, dans l’hypothèse, étant deux fois plus gros que a, d’une longueur égale, et tendu par un poids double ; et c n’étant pas plus gros que a, mais deux fois plus long, et tendu par un poids quatre fois plus lourd, etc. Tous ces exemples montrent com­ment toutes les questions imparfaites peuvent être ramenées à des questions parfaites, ce que l’on montrera plus longuement en son lieu ; et de plus ils enseignent de quelle manière notre règle peut être observée quand elle commande de dégager de toute conception superflue la difficulté bien comprise, et de la ramener à ce point que nous ne nous occupons plus de tel ou tel objet, mais seulement, en général, de grandeurs à comparer entre elles. Car, par exemple, une fois que nous sommes déterminés à n’examiner que telle ou telle expérience sur l’aimant, nous n’avons plus aucune difficulté à éloigner notre pensée de toute autre chose.

On ajoute qu’il faut ramener la difficulté au plus simple possible, d’après les règles cinq et six, et la diviser d’après la regle sept. Ainsi, quand j’examine l’aimant, d’après plusieurs expériences, je les parcours séparément l’une après l’autre. De même, si je m’occupe du son, je compare séparé­ment entre elles les cordes a et b, puis a et c, etc., pour ensuite embrasser le tout dans une énumération suffisante. Ce sont les trois seules règles que l’intelligence doive observer sur toute proposi­tion, avant d’arriver à la solution dernière, (...).

Or nous cherchons les choses par les mots [= les Définitions], les causes par les effets [= les Théorèmes conséquence des principes], les effets par les causes [= les Principes], le tout ou les parties par une partie, ou enfin plu­sieurs choses ensemble par tout cela.

Nous disons que nous cherchons les choses par les mots toutes les fois que la difficulté consiste dans l’obscurité du langage [Bien souvent, on ne comprend pas la question posée car on ne possède pas le langage et les notions mis en jeu dans la question : avant de résoudre le problème posé, il faut résoudre ses propres difficultés de langage en revenant aux définitions, i.e. en les acceptant et en les apprenant une bonne fois pour toutes]. Ici ne se rapportent pas seulement toutes les énigmes, comme celle du Sphinx, sur l’animal qui au commencement est quadrupède, puis bipède, et enfin marche sur trois pieds ; ou celle des pêcheurs qui, debout sur le ri­vage avec leur ligne et leurs hameçons, disaient qu’ils n’avaient plus les poissons qu’ils avaient pris, mais qu’en revanche ils avaient ceux qu’ils n’avaient pu prendre. Mais, outre cela, la plus grande partie des questions sur lesquelles les savants disputent ne sont presque toujours que des questions de mots. (...).

(...) Mais parceque, quand on nous propose une question à résoudre, nous ne remarquons pas tout d’un coup de quelle espèce elle est, ni s’il s’agit de chercher ou la chose par les mots, ou la cause par l’effet, il me semble superflu d’entrer ici dans plus de détails ; il sera plus court et plus facile d’examiner par ordre ce qu’il faut faire pour arriver en général à la solution de toute difficulté ; et, en conséquence, une question étant donnée, le premier point est de s’efforcer de comprendre distinctement ce qu’on cherche.

En effet la plupart des hommes se hâtent telle­ment dans leurs recherches qu’ils apportent à la solution de la question tout le vague d’un esprit qui n’a pas remarqué à quels signes reconnaître la chose cherchée, si elle vient à se présenter ; aussi insensés qu’un valet envoyé quelque part par son maître, et si empressé d’obéir, qu’il se mettrait à courir sans avoir encore reçu ses ordres, et sans savoir où il doit aller. [Dis autrement : régulièrement se demander ce qu'on cherche : pourquoi je suis en train de faire ce que je fais ? Où vais-je ? dans quel état j'erre ;-) Si on ne peut répondre, il vaut mieux faire une pause et retrouver le fil de son raisonnement]

Mais dans toute question, quoiqu’il doive y avoir quelque chose d’inconnu (car autrement il n’y auroit pas de question), il faut cependant que la chose cherchée soit tellement désignée par de cer­taines conditions, que nous soyons conduits à chercher une chose plutôt qu’une autre [Qu'est-ce que je cherche?]. Ce sont ces conditions que nous disons qu’il faut d’abord étudier ; pour ce faire, il faut diriger notre esprit sur chacune d’elles en particulier, examinant avec soin jusqu’à quel point chacune détermine cet in­connu que nous cherchons. Car l’esprit de l’homme tombe ici dans une double erreur : ou il prend pour déterminer la question plus qu’il ne lui est donné, ou au contraire il omet quelque chose.

Il faut nous garder de supposer plus et quel­que chose de plus positif que ce que nous avons, surtout dans les énigmes et dans toutes les ques­tions captieuses inventées pour embarrasser l’es­prit ; et même dans les autres questions, lorsque pour les résoudre on paraît admettre comme cer­taines des suppositions qui ne nous sont pas don­nées par une raison positive, mais par une opinion d’habitude. Par exemple, dans l’énigme du Sphinx, il ne faut pas croire que le mot pied signifie seu­lement les pieds véritables des animaux, il faut voir encore s’il ne s’appliqueroit pas métaphori­quement à quelque autre chose, comme ici aux mains de l’enfant, au bâton du vieillard, parceque l’un et l’autre s’en sert comme de pieds pour mar­cher. (...). De même encore si on demande comment a été construit le vase que nous avons pu voir quelquefois, au milieu duquel s’élevait une colonne surmontée de la figure de Tan­tale dans l’attitude d’un homme qui veut boire ; l’eau qu’on y versait y restait contenue tant qu’elle n’atteignait pas la bouche de Tantale, mais à peine touchait-elle les lèvres du malheureux qu’elle s’échappait tout-à-coup entièrement ; au premier coup d’œil tout l’artifice paraît devoir être dans la construction de la figure du Tantale, qui cepen­dant ne détermine nullement la question, mais seulement l’accompagne. Toute la difficulté con­siste a trouver comment un vase peut être con­struit de manière à ce que toute l’eau s’en échappe dès qu’elle est parvenue à une certaine hauteur, et pas avant. Enfin, si de toutes les observations que nous possédons sur les astres, nous cherchons ce que nous pouvons affirmer de certain sur leurs mouvements, il ne faudra pas admettre gratuite­ment que la terre est immobile au centre, comme ont fait les anciens, parceque des notre enfance il nous a paru en être ainsi ; mais il faudra révoquer en doute cette assertion même, pour examiner en­suite ce que nous pourrons juger de certain sur ce sujet.

(...)

La question étant suffisamment comprise, il faut voir précisément en quoi consiste sa difficulté, afin qu’abstraite de tout le reste, elle soit plus facilement résolue.

Il ne suffit pas toujours de comprendre la ques­tion pour connaître en quoi consiste sa difficulté ; il faut réfléchir en outre à chacune des choses qu’elle contient, afin que si on rencontre quelque chose de facile à trouver on le laisse de côté, et qu’il ne reste de la question ainsi dégagée que ce que nous ignorons. Ainsi, dans la question du vase dé­crit plus haut, il est facile de voir comment le vase doit être fait, la colonne placée au milieu, l’oiseau peint ; tout cela mis de côté comme n’important pas à la question, la difficulté reste nue, laquelle consiste à chercher pourquoi l’eau contenue aupa­ravant dans un vase, s’en échappe tout entière quand elle est parvenue à une certaine hauteur.

Nous nous contentons donc ici de dire qu’il est important de parcourir par ordre tout ce qui est contenu dans la question donnée, en rejetant ce qu’on voit n’y pas servir, en gardant ce qui est nécessaire, et en remettant ce qui est douteux à un examen plus attentif. »
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8 octobre 2006 7 08 /10 /octobre /2006 15:09





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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 11:00

 « Maints actes attribués à la force de l'habitude reposent plutôt sur la constance et l'immuabilité du caractère originel et inné ; en vertu de ces conditions, dans les circonstances analogues nous faisons toujours la même chose, qui se produit par conséquent avec la même nécessité la première fois que la centième.
La véritable force de l'habitude, au contraire, repose sur l'indolence, qui veut épargner à l'intellect et à la volonté le travail, la difficulté, et aussi le danger d'un choix immédiat, et qui nous fait en conséquence faire aujourd'hui ce que nous avons déjà fait hier et cent fois, en sachant que l'on atteint ainsi son but.» 
Arthur Schopenhauer, Parerga & Paralipomena, II.26, §307.

Un autre problème s'ajoute lorsque cette force de l'habitude ne suffit plus à atteindre son but, tout simplement parce que le but a changé de nature.
Pratiquement pour nous : si le but est d'aborder et de résoudre un problème de physique (ou de chimie, ou de maths ;-)), il est illusoire de penser l'atteindre par le seul moyen d'une ou deux formules apprises la veille et plus ou moins retenues.
Cette habitude — qui était peut-être la vôtre et qui a porté, en son temps, ses fruits — est promise, dans un avenir très proche, à devenir un arbre stérile
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 «  Mais la vérité de ce fait a des racines plus profondes ; car on peut l'expliquer d'une façon plus précise qu'il n'apparaît au premier aspect. La force d'inertie appliquée aux corps qui ne peuvent être mus que par des moyens mécaniques, devient force d'habitude quand elle est appliquée aux corps qui sont mus par des motifs. »
Arthur Schopenhauer, Ibid.

Vous commencez à comprendre pourquoi cette citation a attirée mon attention ;-) — par force d'inertie, comme la suite le montre, Schopenhauer entend principe d'inertie : tout corps isolé ou pseudo-isolé est animé d'une mouvement rectiligne uniforme dans un référentiel galiléen sinon il demeure au repos (or, l'origine de ce mouvement est l'application d'une force à un instant origine donné).
 « Les actions que nous accomplissons par pure habitude s'effectuent en réalité sans motif individuel, isolé, spécialement propre à ce cas ; aussi ne pensons-nous pas en réalité à elles. Ce sont seulement les premières actions, passées en habitude, qui ont eu un motif ; le contre-effet secondaire de ce motif est l'habitude actuelle, qui suffit à permettre à l'action de continuer. C'est ainsi qu'un corps, mis en mouvement par une poussée, n'a pas besoin d'une nouvelle poussée pour poursuivre son mouvement ; si rien n'arrête celui-ci, il se poursuivra à jamais [= principe d'inertie]. La même règle s'applique aux animaux : leur dressage est une habitude imposée.
Le cheval traîne tranquillement sa voiture, sans y être contraint ; ce mouvement qu'il exécute est l'effet des coups de fouet qui l'y forcèrent au début ; cet effet s'est perpétué sous forme d'habitude, conformément à la loi de l'inertie.» 
Arthur Schopenhauer, Ibid.

Où il apparaît qu'il n'y a pas que de mauvaises habitudes mais qu'on ne doit laisser ces dernières que pour en suivre d'autres, meilleures !
L'indolence n'est donc pas un mal absolu comme le montre l'exemple du cheval.
D'où le paradoxe : Il faut être paresseux (indolent) pour travailler régulièrement (si vous me permettez ce pléonasme), alors qu'il faut une force de caractère exceptionnelle pour fournir, en peu de temps, le même travail. Or si la force de caractère développe une fantastique puissance (au sens physique du terme), le travail fourni demeure un travail de moins bonne qualité car inaccompli dans la durée.
Enfants, nous avions compris cela ; aujourd'hui nous devons le mettre en pratique ! Et ce n'est pas vous faire injure que de vous renvoyer à La fable du lièvre et de la tortue, Jean de La Fontaine écrivant en peu de mots et bien plus joliment que ma pomme (la relire avec ses notes et dans le contexte de ce billet devrait vous réserver quelques surprises).

Or, la tortue de La Fontaine, c'est le cheval de Schopenhauer !
Ce cheval n'est rien moins que notre volonté mis en mouvement par les coups de fouets de la raison qui choisit le but et les motifs. Comme je n'ai absolument pas l'esprit sadomasochiste, et pour éviter tout mauvais sous-entendu, je vous rappelle que nous avons déjà rencontré, chez Descartes, une image semblable, avec le même cheval (ou son frère, l'esprit ;-)) guidé par des brides plus ou moins relâchées de cette même raison.

Prenez donc au sérieux l'image car...

 «  Tout ceci est réellement plus qu'une simple comparaison. C'est déjà l'identité de la volonté à des degrés très différents de son objectivation, en vertu desquels la même loi du mouvement prend des formes si différentes. »
Arthur Schopenhauer, Parerga & Paralipomena, II.26, §307.


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6 octobre 2006 5 06 /10 /octobre /2006 10:28
Aujourd'hui, méditer et sourire (l'un n'empêche pas toujours l'autre ;-)).
 
Léon Bloy, dans son Exégèse des Lieux Communs, démonte une par une les pensées toutes faites de l'opinion (qui sont bien trop souvent les nôtres !) :
« Si on savait tout !
 
On serait Dieu, situation infiniment désagréable parce qu'alors on serait forcé de nier sa propre existence sous peine de passer pour un imbécile, de se brouiller avec le Vénérable de sa loge et d'être mal noté dans le quartier. On ne trouverait plus de crédit nulle part et on ne serait plus salué par personne. On passerait pour faire des miracles et pour avoir un crucifié dans sa famille. Enfin une vile populace dénuée de philosophie en confondant la Substance avec l'Accident, appellerait calotin l'omniscient Bourgeois inculpé de divinité.
Ah ! croyez-moi, le plus sûr, c'est de ne rien savoir et surtout de ne rien tirer du néant, à commencer par soi-même. Au surplus, n'est-ce pas la tradition ? A quelle époque, voulez-vous me le dire ?, les ancêtres de nos bourgeois ont-ils cru profitable de créer la lune et les étoiles ? Il y a tant de choses qu'il est avantageux d'ignorer et tand d'autres qu'il est utile de ne pas faire ! Le but de la vie n'est-il pas uniquement de gagner beaucoup de galette et d'acquérir, par ce moyen, la Mort éternelle ? »
Léon Bloy, Exégèse des Lieux Communs (1901),
Paris, Payot & Rivages, 2005 (Rivages poche / Petite Bibliothèque n°501), CXIII, p. 152

 
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5 octobre 2006 4 05 /10 /octobre /2006 11:29
A la suite d'échanges que j'ai eu avec plusieurs d'entre vous, hier, en colle, à propos de la nécessité d'adopter, lorsqu'on aborde un problème, une démarche de questions et de réponses (lesquelles réponses reposent sur trois choses uniquement : des définitions, des principes et des méthodes), voici un texte de Bachelard qui devrait faire écho :
« L'idée de partir de zéro pour fonder et accroître son bien ne peut venir que dans des cultures de simple juxtaposition où un fait connu est immédiatement une richesse. Mais devant le mystère du réel, l'âme ne peut se faire, par décret, ingénue. Il est alors impossible de faire d'un seul coup table rase des connaissances usuelles. Face au réel, ce qu'on croit savoir clairement offusque ce qu'on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l'esprit n'est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l'âge de ses préjugés. Accéder à la science, c'est, spirituellement rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé.
La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion [Vous savez, le
paresseux «c'est évident, non ?» ou bien le contradictoire «ça me semble logique»]. S'il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que celles qui fondent l'opinion ; de sorte que l'opinion a, en droit, toujours tort. L'opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître [le «à quoi ça sert ?» de l'ingénieur qui veut être efficace doit être précédé de la volonté de comprendre le phénomène]. On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement [La première des questions à se poser : est-ce que je comprends la question qui m'est posée?]. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit. »
Gaston Bachelard, La formation de l'esprit scientifique,
Paris, Librairie Philosophique J. Vrin, 1996, p. 14

 
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4 octobre 2006 3 04 /10 /octobre /2006 10:28
« Il y a longtemps que je suis las d'entendre dire que l'un est intelligent et l'autre non.
Je suis effrayé, comme de la pire sottise, de cette légèreté à juger les esprits. Quel est l'homme, aussi médiocre qu'on le juge, qui ne se rendra maître de la géométrie, s'il va par ordre et s'il ne se rebute point ? De la géométrie aux plus hautes recherches et aux plus ardues, le passage est le même que de l'imagination errante à la géométrie ; les difficultés sont les mêmes ; insurmontables pour l'impatient, nulles pour qui a patience et n'en considère qu'une à la fois. De l'invention en ces sciences, et de ce qu'on nomme le génie, il me suffit de dire qu'on n'en voit les effets qu'après de longs travaux ; et si un homme n'a rien inventé, je ne puis donc savoir si c'est seulement qu'il ne l'a pas voulu.

Ce même homme qui a reculé devant le froid visage de la géométrie, je le retrouve vingt ans après, en un métier qu'il a choisi et suivi, et je le vois assez [63] intelligent en ce qu'il a pratiqué ; et d'autres, qui veulent improviser avant un travail suffisant, disent des sottises en cela, quoiqu'ils soient raisonnables et maîtres en d'autres choses. Tous, je les vois sots surabondamment en des questions de bon sens, parce qu'ils ne veulent point regarder avant de prononcer. D'où m'est venue cette idée que chacun est juste aussi intelligent qu'il veut. Le langage aurait pu m'en instruire assez ; car imbécile veut exactement dire faible ; ainsi l'instinct populaire me montre en quelque sorte du doigt ce qui fait la différence de l'homme de jugement au sot. Volonté, et j'aimerais encore mieux dire travail, voilà ce qui manque.

Aussi ai-je pris l'habitude de considérer les hommes, lorsqu'il me plaît de les mesurer, non point au front, mais au menton. Non point la partie qui combine et calcule, car elle suffit toujours ; mais la partie qui happe et ne lâche plus. Ce qui revient à dire avec d'autres mots qu'un bon esprit est un esprit ferme. La langue commune dit bien aussi un faible d'esprit pour désigner l'homme qui juge selon la coutume et l'exemple. Descartes, dont la grande ombre nous précède encore de loin, a mis au commencement de son célèbre Discours une parole plus souvent citée que comprise : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. » Mais il a éclairé plus directement cette idée en disant en ses Méditations que le jugement est affaire de volonté et non point d'entendement, venant ainsi à nommer générosité ce que l'on veut communément appeler intelligence.

On n'arrive jamais à trouver des degrés dans l'intelligence. Les problèmes, réduits au simple, comme de faire quatre avec deux et deux, sont si aisés à résoudre [64] que l'esprit le plus obtus s'en tirerait sans peine, s'il n'était pas empêtré de difficultés imaginaires [Alain rejoint donc partiellement Bachelard qui parle de «la psychologie de l’erreur, de l’ignorance et de l’irréflexion»].  
Je dirais que rien n'est difficile, mais que c'est l'homme qui est difficile à lui-même.
Je veux dire que le sot ressemble à un âne qui secoue les oreilles et refuse d'aller. Par humeur, par colère, par peur, par désespoir ; oui, ce sont de telles causes ensemble et tourbillonnant qui font que l'on est sot. Cet animal sensible, orgueilleux, ambitieux, chatouilleux, aimera mieux faire la bête dix ans que travailler pendant cinq minutes en toute simplicité et modestie. Comme celui qui se rebuterait au piano, et, parce qu'il se tromperait trois fois de suite, laisserait tout là. Toutefois, on travaille volontiers à des gammes ; mais, à raisonner, on ne veut pas travailler. Peut-être par le sentiment qu'un homme peut se tromper de ses mains, mais qu'il ne lui est pas permis, sans grande humiliation, de se tromper de son esprit, qui est son bien propre et intime. Il y a certes, de la fureur dans les têtes bornées, une sorte de révolte, et comme une damnation volontaire.

On dit quelquefois que c'est la mémoire qui fait la différence, et que la mémoire est un don. Dans le fait, on peut remarquer que tout homme montre assez de mémoire dans les choses auxquelles il s'applique. Et ceux qui s'étonnent qu'un artiste de piano ou de violon puisse jouer de mémoire, font voir simplement qu'ils ignorent l'obstiné travail par quoi on est artiste.
Je crois que la mémoire n'est pas la condition du travail, mais en est bien plutôt l'effet.
J'admire la mémoire du mathématicien, et même je l'envie ; mais c'est que je n'ai point fait mes gammes comme il a fait. Et pourquoi ? C'est que j'ai voulu comprendre tout de suite, et que mon esprit brouillon et rétif s'est jeté dans quelque erreur ridicule dont je n'ai pas su me consoler. Chacun a vite fait de se condamner. L'infatuation est le premier mouvement puni. D'où cette timidité indomptable, qui tombe d'avance à l'obstacle, qui butte exprès, qui refuse secours. Il faudrait savoir se tromper d'abord, et rire. À quoi l'on dira que ceux qui refusent science sont déjà assez frivoles. Oui, mais la frivolité est terriblement sérieuse ; c'est comme un serment de ne se donner a rien.

J'en viens à ceci, que les travaux d'écolier sont des épreuves pour le caractère, et non point pour l'intelligence. Que ce soit orthographe, version ou calcul, il s'agit de surmonter l'humeur, il s'agit d'apprendre à vouloir. » 
Alain, Propos sur l'éducation, suivis de Pédagogie enfantine,
Paris, Quadrige/Presses Universitaires de France,1998 (1932, 1963),
Propos XXIV, p. 62-65.

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Published by Q. - dans Marcher
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