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  • : PCSI : un autre regard
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  • : Aborder les domaines de la physique enseignés en Math Sup. Donner sa place à des promenades littéraires. Rêver et sourire aussi (parfois même avant tout), parce que c'est tout bonnement bon et nécessaire :-)
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Bertran de Born

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23 septembre 2006 6 23 /09 /septembre /2006 08:27
Voici quelques métaphores trouvée sous la plume de Malebranche.
A vous de retrouver l'idée que chaque image est censée illustrer :

« Quand un voyageur a pris par malheur un chemin pour un autre, plus il avance, plus il s'éloigne du lieu où il veut aller. Il s'égare d'autant plus, qu'il est plus diligent, et qu'il se hâte davantage d'arriver au lieu qu'il souhaite. »
Malebranche, De la Recherche de la vérité, Livre II, partie 2, chap. III, I,
RVa, p. 26.

 

« (...) un homme qui a de bons yeux ne s'avisa jamais de se les fermer, ou de se les arracher, dans l'espérance d'avoir un conducteur. »
Malebranche, ibid., L. II, p. 2, chap. III, I,
RVa, p. 27.

 

« On recherche les médailles anciennes quoique rongées de la rouille, et on garde avec grand soin la lanterne et la pantoufle de quelque ancien, quoique mangées de vers : leur antiquité fait leur prix. »
Malebranche, De la Recherche de la vérité, Livre II, partie 2, chap. III, II,
RVa, p. 29.

 
 
« Quand on est dans la presse [la bousculade, la foule] et dans la foule, il est difficile de ne pas céder au torrent qui nous emporte. »
Malebranche, De la Recherche de la vérité, Livre II, partie 2, chap. III, II,
RVa, p. 31.

 

« (...) il arrive souvent, qu'un homme fier et hardi, en maltraite d'autres plus forts, mais plus judicieux, et plus retenus que lui (...). »
Malebranche, De la Recherche de la vérité, Livre II, partie 2, chap. IV,
RVa, p. 36.

 

« Les hommes ne sentent pas la chaleur qui est dans leur coeur, quoiqu'elle donne la vie et le mouvement à toutes les autres parties de leur corps ; ils faut qu'ils se touchent et qu'ils se manient, pour s'en convaincre, parce que cette chaleur est naturelle. »
Malebranche, De la Recherche de la vérité, Livre II, partie 2, chap. VI,
RVa, p. 48.

 

« (...) ce que les ministres des princes font à l'égard de leurs maîtres (...) ces personnes ne permettent autant qu'ils peuvent, qu'à ceux qui sont dans leurs intérêts, ou qui ne peuvent les déposséder de leur faveur, de parler à leurs maîtres (...). »
Malebranche, De la Recherche de la vérité, Livre II, partie 2, chap. VII, II,
RVa, p. 64.
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16 septembre 2006 6 16 /09 /septembre /2006 10:11
Le texte de Proust étudié cette année est Un amour de Swann qui s'inscrit dans le grand-oeuvre de A la Recherche du Temps perdu.
Voici l'édition folio la Recherche à laquelle il pourra être renvoyé, ainsi que les renvois vers les éditions électroniques disponibles (en cours de publication sur la site de la Bibliothèque électronique du Québec [BeQ]) :

   
 
AS  CS  JF
 Un amour de Swann Du côté de chez Swann
(t. I : Combray,
Un amour de Swann,
Nom de pays : le nom)
A l'ombre des jeunes filles en fleurs
(t. II)
Edition présentée
et annotée par
Mireille Naturel
Edition présentée
et annotée par
Antoine Compagnon
Edition présentée
et annotée par
Pierre-Louis Rey
Paris, Gallimard,
2002
Paris, Gallimard,
1999 (1988)
Paris, Gallimard,
1999 (1988)
GF n°1113 Folio n°1924 Folio n°1946
 Edition de référence Texte pdf disponible en ligne
tome 1 et tome 2
de l'édition de 1946-1947.
Texte pdf disponible en ligne
tome 3, tome 4 et tome 5
de l'édition de 1946-1947.
 
 
CG  SG  LP
Le côté de Guermantes
(t. III)
Sodome et Gomorrhe
(t. IV)
La Prisonnière
(t. V)
Edition présentée
et annotée par
Thierry Laget
Edition présentée
et annotée par
Antoine Compagnon
Edition présentée
et annotée par
Pierre-Edmond Robert
Paris, Gallimard,
2005 (1994)
Paris, Gallimard,
2005 (1989)
Paris, Gallimard,
2003 (1989)
Folio n°2658 Folio n°2047 GF n°2089
Texte pdf disponible en ligne
tome 6, tome 7 et tome 8
de l'édition de 1946-1947.
Texte pdf disponible en ligne
tome 9 et tome 10
de l'édition de 1946-1947.
Texte pdf disponible en ligne
tome 11 et tome 12
de l'édition de 1946-1947.
 
 
AD  TR
Albertine disparue
(t. VI)
Le Temps retrouvé
(t. VII)
Edition présentée
et annotée par
Anne Chevalier
Edition de Pierre-Louis
Rey et Brian G. Rogers
Paris, Gallimard,
2006 (1990)
Paris, Gallimard,
2005 (1990)
Folio n°2139 Folio n°2203

Le texte et la reproduction du
manuscrit de l'édition de
1927 sont disponibles
sur le site de Gallica


Remarque : pour la lecture de tous les formats pdf et un outil de recherche dans le texte amélioré, utilisez la version 6 d'Acrobat reader mise à jour ou même la récente version 7.0 (qui nécessite Windows XP).

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13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 23:45
« Qu'est-ce que l'imagination ? L'idée faible, et que je voudrais effacer, c'est celle sur laquelle j'ai vécu, sur laquelle nous vivons tous, à savoir que l'imagination est un résidu de souvenirs. J'avais déjà aperçu une sorte d'insuffisance ici, au temps où je lisais Malebranche, qui, sur l'imagination, est fort et admirable, et tout neuf par Descartes. Au fond, l'imagination est un effet des sentiments. »
Alain, En lisant Dickens, « De l'imagination dans le roman » (1945),
« Les Arts et les Dieux », Paris, Gallimard, 1958, p. 920 (Pléiade).
 
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13 septembre 2006 3 13 /09 /septembre /2006 01:22
« Lorsque le médecin vous recoud la peau du visage, à la suite de quelque petit accident, il y a, parmi les accessoires, un verre de rhum propre à ranimer le courage défaillant. Or, communément ce n'est point le patient qui boit le verre de rhum, mais c'est l'ami spectateur, qui, sans en être averti par ses propres pensées, tourne au blanc verdâtre et perdrait le sentiment. Ce qui fait voir, contre le moraliste, que nous n'avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d'autrui.
Cet exemple est bon à considérer parce qu'il fait voir un genre de pitié qui ne dépend point de nos opinions. Directement la vue de ces gouttes de sang, et de cette peau qui résiste à l'aiguille courbe, produit une sorte d'horreur diffuse, comme si nous retenions notre propre sang, comme si nous durcissions notre propre peau. Cet effet d'imagination est invincible à la pensée, parce que l'imagination est ici sans pensée. Le raisonnement de la sagesse serait évident et bien facile à suivre, car ce n'est pas la peau du spectateur qui est entamée ; mais ce raisonnement n'a aucune action sur l'événement ; le rhum persuade mieux.
D'où je comprends que nos semblables ont grande puissance sur nous, par leur présence seule, par les seuls signes de leurs émotions et de leurs passions. La pitié, la terreur, la colère, les larmes n'attendent point que je m'intéresse d'esprit à ce que je vois. La vue d'une blessure horrible change le visage du spectateur, et ce visage à son tour annonce l'horrible et touche au diaphragme le spectateur du spectateur avant qu'il sache ce que l'autre voit. Et la description, quelque talent qu'on y emploie, sait moins émouvoir que ce visage ému. La touche de l'expression est directe et immédiate. Aussi c'est très mal décrire la pitié si l'on dit que celui qui l'éprouve pense à lui-même et se voit à la place de l'autre. Cette réflexion, quand elle vient, ne vient qu'après la pitié ; par l'imitation du semblable, le corps se dispose aussitôt selon la souffrance, ce qui fait une anxiété d'abord sans nom ; l'homme se demande compte à lui-même de ce mouvement du coeur qui lui vient comme une maladie.
On pourrait bien aussi expliquer le vertige par un raisonnement ; l'homme devant le gouffre se dirait qu'il peut y tomber ; mais, s'il tient le garde-fou, il se dit au contraire qu'il ne peut y tomber ; le vertige ne le parcourt pas moins des talons à la nuque. Le premier effet de l'imagination est toujours dans le corps. J'ai entendu le récit d'un rêve où le rêveur était en présence d'une exécution capitale imminente, sans qu'il sût si c'était de lui ou d'un autre, et sans même qu'il formât une opinion exprimable là-dessus ; seulement il sentait une douleur aux vertèbres crâniennes. Telle est la pure imagination. L'âme séparée, que l'on veut toujours supposer généreuse et sensible, serait au contraire, il me semble, toujours économe de son intérêt ; le corps vivant est plus beau, qui souffre par l'idée et qui se guérit par l'action. Non sans tumulte ; mais aussi la vraie pensée a autre chose à surmonter qu'une difficulté de logique ; et c'est un reste de tumulte qui fait les pensées belles. La métaphore est la part du corps humain dans ce jeu héroïque.
»
Alain, Propos sur le bonheur, VIII, De l'imagination (20 février 1923),
Paris, Gallimard, 1997 (1985), 217 p., p. 27-29
 
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12 septembre 2006 2 12 /09 /septembre /2006 21:11
Le texte étudié cette année et le comparatif des trois éditions qui pourront être citées:
   
 
RVa  RVb  RVc
 De la recherche de la vérité, Livre II
(De l'imagination),
parties 2 et 3
(6e éd. 1712)
De l'imagination
De la recherche de la vérité, Livre II
A l'ombre des jeunes filles en fleurs
(t. II)
Edition présentée
et annotée par
Marie Frédérique Pellegrin
Edition présentée
et annotée par
Agnès Minazzoli
Edition présentée
et annotée par
Frédéric de Buzon
Paris, Gallimard,
2006
Paris, Pocket,
2006
Paris, Gallimard,
2006
GF n°1288 Agora n°79 Folioplus philosophie n°81
 Edition de référence    

St Augustin, Confessions, X, VIII-XX (p. 269-284)

Montaigne, Essais,
I
, XXI, De la force de l'imagination [1572]
(p. 166-170, extraits)

Montaigne, Essais,
I
, XXI, De la force de l'imagination [1572]
(p. 285-298, txt intégral)



Francis Bacon,
Novum Organum
[1620]
(p. 197-198)


Miguel de Cervantès, Don Quichotte, I, 1 [1605] (p. 198-200)


Jorge Luis Borges,
Pierre Ménard,
auteur du Quichotte

[1941-1944] (p. 200-202)
Descartes, Traité des passions de l'âme [1649],
art. 20, 21, 30-32, 34-36 [1649] (p. 170-176)

Descartes, Traité des passions de l'âme,
art. 20-50 [1649]
(p. 299-318)


Descartes, Lettre à Meysonnier [29/01/1640]
(p. 319-320)
Descartes, Lettre à Chanut [06/06/1647]
(p. 203-204)
Malebranche, Traité de Morale, I, XII, §§I-XIV [1684] (p. 176-182)


Pascal, Pensées,
fr. 82 [1670]
(p. 182-185)
Pascal, Pensées,
Lafuma : fr. 44, 45, 87, 551, 803, 806, 828 [1670]
(p. 321-328)

Arnauld et P. Nicole, La Logique de Port-Royal [1662] (p. 185-186)




Spinoza, Ethique, 3e partie, De l'origine et de la nature des affects [1677]
(p. 329-338)

Condillac, Traité des systèmes [1798]
(p. 187-189)




Gustave Flaubert, Madame Bovary [1857] (p. 205-207)

Le texte intégral de De la Recherche de la Vérité est disponible sur Gallica :
De la recherche de la vérité où l'on traite de la nature de l'esprit de l'homme, & de l'usage qu'il en doit faire pour éviter l'erreur dans les sciences. Quatrième édition revue et augmentée de plusieurs éclaircissemens. Amsterdam, chez Henry Desbordes, 1688: tome premier (496 p., Livre I-IV); tome second (584 p.) - BNF, Gallica - mode image, format PDF (possibilité de téléchargement)


Dans ces trois livres, seul l'édition Pocket (Agora) propose la partie 1 qui précède les deux parties au programme :


Livre II, partie 1


RVb

II, 1, Chap. I :
§I - Idée générale de l'imagination
§II - Deux facultés dans l'imagination, l'une active et l'autre passive
§III - Causes générale des changements qui arrivent dans l'imagination
et le fondement de ce second livre
 p. 29
p. 30
p. 31
p. 33

II, 1, Chap. II :
§I - Des esprits animaux, et des changements auxquels ils sont sujets en général
§II - Que le chyle va au coeur, et qu'il apporte du changement dans les esprits
§III - Que le vin en fait autant

 p. 35


p. 36

p. 37
II, 1, Chap. III :
Que l'air qu'on respire cause aussi quelque changement dans les esprits

p. 37

II, 1, Chap. IV :
§I - Du changement des esprits causé par les nerfs qui vont au coeur et aux poumons
§II - De celui qui est causé par les nerfs qui vont au foie, à la rate, et dans les viscères.
§III - Que tout cela se fait contre notre volonté, mais que cela ne peut se faire sans une providence.

p. 42

p. 44

p. 45

II, 1, Chap. V :
§I - De la liaison des idées de l'esprits avec les traces du cerveau.
§II - De la liaison réciproque qui est entre ces traces
§III - De la mémoire
§IV - Des habitudes
p. 48
p. 49
p. 56
p. 58
p. 60
II, 1, Chap. VI :
§I - Que les fibres du cerveau ne sont pas sujettes à des changements si prompts que les esprits.
§II - Trois différents changements dans les trois différents âges.

p. 63

p. 64
II, 1, Chap. VII :
§I - De la communication qui est entre le cerveau d'un mère et celui de son enfant
§II - De la communication qui est entre notre cerveau et les autres parties de notre corps, laquelle nous porte à l'imitation et à la compassion
§III - Explication de la génération des enfants monstrueux, et de la propagation des espèces
§IV - Explication de quelques dérèglements d'esprit et de quelques inclinations de la volonté
§V - De la concupiscence et du péché originel
§VI - Objections et réponses
p. 66
p. 67

p. 68


p. 71

p. 77

p. 79
p. 81
II, 1, Chap. VIII :
§I - Changements qui arrivent à l'imagination d'un enfant, qui sort du sein de sa mère, par la conversation qu'il a avec sa nourrice, sa mère, et d'autres personnes
§II - Avis pour les bien élever

p. 87


p. 91




Tableaux des paginations des parties 2 et 3
pour les 3 éditions :




 Livre II, partie 2 :
De l'imagination

 RVa RVb  RVc 
II, 2, Chap. I :
§I - De l'imagination des femmes
§II - De celle des hommes
§III - De celle des vieillards

p. 9

p. 12
p. 17
 
p. 97
p. 99
p. 102

p. 7
p. 10
p. 14
II, 2, Chap. II :
Que les esprits animaux vont d'ordinaire dans les traces des idées qui nous sont les plus familières, ce qui fait qu'on ne juge point sainement des choses.
p. 19


p. 104


p. 15


II, 2, Chap. III :
§I - Que les personnes d'études sont les plus sujettes à l'erreur
§II - Raisons pour lesquelles on aime mieux suivre l'autorité que de faire usage de son esprit
p. 25
p. 26

p. 28

p. 109
p. 110

p. 111
p. 20
p. 21

p. 22
II, 2, Chap. IV :
Deux mauvais effets de la lectures sur l'imagination
p. 33 p. 114 p. 26
II, 2, Chap. V :
Que les personnes d'étude s'entêtent d'ordinairement de quelque auteur, de sorte que leur but principal est de savoir ce qu'il a cru, sans ce soucier de ce qu'il faut croire
p. 38


p. 118


p. 29


II, 2, Chap. VI :
De la préoccupation des commentateurs
p. 47
p. 125  p. 36
II, 2, Chap. VII :
§I - Des inventeurs de nouveaux systèmes
§II - Dernière erreur des personnes d'études

p. 59
p. 62

p. 134
p. 136
 
p. 46
p. 49
II, 2, Chap. VIII :
§I - Des esprits efféminés
§II - Des esprits superficiels
§III - Des personnes d'autorité
§IV - De ceux qui font des expériences

p. 65
p. 68
p. 70
p. 75

p. 139
p. 141
p. 142
p. 146

p. 52
p. 54
p. 55
p. 59


 Livre II, partie 3 :
De la communication contagieuse des imaginations fortes
 RVa RVb  RVc 
II, 3, Chap. I :
§I - De la disposition que nous avons à imiter les autres en toutes choses, laquelle est l'origine de la communication des erreurs qui dépendent de la puissance de l'imagination
§II - Deux causes principales qui augmentent cette disposition
§III - Ce qu'est l'imagination forte
§IV - Qu'il y en a de plusieurs sortes. Des fous et de ceux qui ont l'imagination forte dans le sens qu'on l'entend ici
§V - Deux défauts considérables de ceux qui ont l'imagination forte
§VI - De la puissance qu'ils ont de persuader et d'imposer

p. 81


p. 84

p. 85
p. 86

p. 88

p. 92


p. 151


p. 153

p. 153
p. 153

p. 155

p. 158

p. 63


p. 65

p. 66
p. 66

p. 68

p. 72
II, 3, Chap. II :
Exemples généraux de la force de l'imagination
p. 94 p. 161 p. 74
II, 3, Chap. III :
§I - De la force de l'imagination de certains auteurs
§II - De Tertullien

p. 106
p. 107

p. 170
p. 171

p. 84
p. 85
II, 3, Chap. IV :
De l'imagination de Sénèque
p. 111 p. 174 p. 87
II, 3, Chap. V :
Du livre de Montaigne
p. 130 p. 188 p. 103
II, 3, Chapitre dernier :
§I - Des sorciers par imagination, et des loups-garous
§II - Conclusion des deux premiers Livres

p. 145
p. 153

p. 198
p. 204

p. 114
p. 120



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6 septembre 2006 3 06 /09 /septembre /2006 00:29
Les chapitres I à XXXII de Don Quichotte, t. I, susceptibles d'être cités :
   
 
DQa  DQb  DQc
 L'ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche
Tome I
Don Quichotte I
L'ingénieux Hidalgo don Quichotte de la Manche I
Chapitres 1 à 32

traduit par
Aline Schulman
(1997)
traduit par
César Oudin

revision et notes : Jean Cassou (1949)
traduit par
Louis Viardot
(1836)
notes de J.-M. Pelorson
Paris, Seuil,
2001 (1997)
Paris, Gallimard,
2006 (1988)
Paris, Gallimard,
2006
Points P919 Folio n°1900 GF n°1289
 Edition de référence Fac-similé de la traduction de César Ourdin (1614) Texte pdf disponible en ligne avec les notes de Viardot


Quant au texte original, nombreux sont les sites qui le mettent à disposition. Parmi ceux-ci, j'en propose deux :
Le premier est celui de la Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes où l'on peut consulter les deux volumes chapitre par chapitre.
Le second est un site bien pratique puisqu'il fournit non seulement le texte mais donne accès à une concordance sur toute l'œuvre ! Ou comment la technique facilite certaines formes d'études littéraires sur un texte aussi volumineux.


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21 janvier 2006 6 21 /01 /janvier /2006 10:56
« Swann, lui, ne cherchait pas à trouver jolies les femmes avec qui il passait son temps, mais à passer son temps avec les femmes qu’il avait d’abord trouvées jolies. Et c’était souvent des femmes de beauté assez vulgaire, car les qualités physiques qu’il recherchait sans s’en rendre compte étaient en complète opposition avec celles qui lui rendaient admirables les femmes sculptées ou peintes par les maîtres qu’il préférait. La profondeur, la mélancolie de l’expression, glaçaient ses sens que suffisait au contraire à éveiller une chair saine, plantureuse et rose. »
Marcel Proust, Un amour de Swann, 175-182, p. 54.
 
Sur le principe
« Une seconde visite qu’il lui fit eut plus d’importance peut-être. En se rendant chez elle ce jour-là comme chaque fois qu’il devait la voir d’avance, il se la représentait; et la nécessité où il était pour trouver jolie sa figure de limiter aux seules pommettes roses et fraîches, les joues qu’elle [89] avait si souvent jaunes, languissantes, parfois piquées de petits points rouges, l’affligeait comme une preuve que l’idéal est inaccessible et le bonheur médiocre. Il lui <1450> apportait une gravure qu’elle désirait voir. Elle était un peu souffrante; elle le reçut en peignoir de crêpe de Chine mauve, ramenant sur sa poitrine, comme un manteau, une étoffe richement brodée. Debout à côté de lui, laissant couler le long de ses joues ses cheveux qu’elle avait dénoués, fléchissant une jambe dans une attitude légèrement dansante pour pouvoir se pencher sans fatigue vers la gravure qu’elle regardait, en inclinant la tête, de ses grands yeux, si fatigués et maussades quand elle ne s’animait pas, elle frappa Swann par sa ressemblance avec cette figure de <1460> Zéphora, la fille de Jéthro, qu’on voit dans une fresque de la chapelle Sixtine.
Swann avait toujours eu ce goût particulier d’aimer à retrouver dans la peinture des maîtres non pas seulement les caractères généraux de la réalité qui nous entoure, mais ce qui semble au contraire le moins susceptible de généralité, les traits individuels des visages que nous connaissons
: ainsi, dans la matière d’un buste du doge Loredan par Antoine Rizzo, la saillie des pommettes, l’obliquité des sourcils, enfin la ressemblance criante de son cocher Rémi;

[Voici un buste de Leonardo Lorédan, doge de venise de 1501 à 1521,
mais certainement pas de la main de Rizzo
puisque Antonio Rizzo (1430-c.1599), qui avait fui Venise en 1498, est mort en 1500...
Alors, invention ou confusion de la part de Proust ?]
sous les couleurs d’un Ghirlandajo, <1470> le nez de M. de Palancy;

[Portrait d'un vieillard avec un enfant,
Ghirlandaio (1449-1494), Louvre]

dans un portrait de Tintoret, [90] l’envahissement du gras de la joue par l’implantation des premiers poils des favoris, la cassure du nez, la pénétration du regard, la congestion des paupières du docteur du Boulbon.

[Autoportrait, Tintoret (1518-1594),
Philadelphie,
Philadelphia Museum of Art.]
Peut-être ayant toujours gardé un remords d’avoir borné sa vie aux relations mondaines, à la conversation, croyait-il trouver une sorte d’indulgent pardon à lui accordé par les grands artistes, dans ce fait qu’ils avaient eux aussi considéré avec plaisir, fait entrer dans leur œuvre, de tels visages qui donnent à celle-ci un singulier <1480> certificat de réalité et de vie, une saveur moderne; peut-être aussi s’était-il tellement laissé gagner par la frivolité des gens du monde qu’il éprouvait le besoin de trouver dans une œuvre ancienne ces allusions anticipées et rajeunissantes à des noms propres d’aujourd’hui. Peut-être au contraire avait-il gardé suffisamment une nature d’artiste pour que ces caractéristiques individuelles lui causassent du plaisir en prenant une signification plus générale, dès qu’il les apercevait déracinées, délivrées, dans la ressemblance d’un portrait plus ancien avec un original qu’il ne <1490> représentait pas. Quoi qu’il en soit et peut-être parce que la plénitude d’impressions qu’il avait depuis quelque temps et bien qu’elle lui fût venue plutôt avec l’amour de la musique, avait enrichi même son goût pour la peinture, le plaisir fut plus profond et devait exercer sur Swann une influence durable, qu’il trouva à ce moment-là dans la ressemblance d’Odette avec la Zéphora de ce Sandro di Mariano auquel on ne donne plus volontiers son surnom populaire de Botticelli depuis que celui-ci évoque au lieu de l’œuvre véritable du peintre l’idée banale et fausse qui <1500> s’en est vulgarisée.

[Botticelli (1445-1510), Les Epreuves de Moïse, Chapelle Sixtine]
Il n’estima plus le visage d’Odette selon la plus ou moins bonne qualité de ses joues et [91] d’après la douceur purement carnée qu’il supposait devoir leur trouver en les touchant avec ses lèvres si jamais il osait l’embrasser, mais comme un écheveau de lignes subtiles et belles que ses regards dévidèrent, poursuivant la courbe de leur enroulement, rejoignant la cadence de la nuque à l’effusion des cheveux et à la flexion des paupières, comme en un portrait d’elle en lequel son type devenait intelligible et clair. <1510> Il la regardait; un fragment de la fresque apparaissait dans son visage et dans son corps, que dès lors il chercha toujours à y retrouver soit qu’il fût auprès d’Odette, soit qu’il pensât seulement à elle, et bien qu’il ne tînt sans doute au chef-d’œuvre florentin que parce qu’il le retrouvait en elle, pourtant cette ressemblance lui conférait à elle aussi une beauté, la rendait plus précieuse. Swann (...) oubliait qu’Odette n’était pas plus pour cela une femme selon son désir, puisque précisément son désir avait toujours été orienté dans un sens opposé à ses goûts esthétiques. Le mot d’«œuvre florentine» rendit un grand service à Swann. Il lui permit, comme un titre, de faire pénétrer l’image d’Odette dans un monde de rêves, où elle n’avait pas eu accès jusqu’ici et <1530> où elle s’imprégna de noblesse. (...) Et quand il était tenté de regretter que depuis des mois il ne fît plus que voir Odette, il se disait qu’il était raisonnable [92] de donner beaucoup de son temps à un chef-d’œuvre inestimable, coulé pour une fois dans une matière différente et particulièrement savoureuse, en un exemplaire rarissime qu’il contemplait tantôt avec l’humilité, la spiritualité et le désintéressement d’un artiste, tantôt avec l’orgueil, l’égoïsme et la sensualité d’un collectionneur. Il plaça sur sa table de travail, comme une photographie <1550> d’Odette, une reproduction de la fille de Jéthro. Il admirait les grands yeux, le délicat visage qui laissait deviner la peau imparfaite, les boucles merveilleuses des cheveux le long des joues fatiguées, et adaptant ce qu’il trouvait beau jusque-là d’une façon esthétique à l’idée d’une femme vivante, il le transformait en mérites physiques qu’il se félicitait de trouver réunis dans un être qu’il pourrait posséder. Cette vague sympathie qui nous porte vers un chef-d’œuvre que nous regardons, maintenant qu’il connaissait l’original charnel de la fille de Jéthro, elle devenait un <1560> désir qui suppléa désormais à celui que le corps d’Odette ne lui avait pas d’abord inspiré. Quand il avait regardé longtemps ce Botticelli, il pensait à son Botticelli à lui qu’il trouvait plus beau encore et approchant de lui la photographie de Zéphora [remarquer la fusion des expressions précédentes qui réunit Odette et Zéphora en une seule et même personne], il croyait serrer Odette contre son cœur. »
Marcel Proust, Un amour de Swann, 1442-1565, p. 88-92.
 

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